‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 203 sur 347 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

n'excite pas tant d'enthousiasme parmi les populations, on ne passe pas au milieu d'elles comme le porte-étendard de la vérité, sans soulever en même temps contre soi les passions et la haine des méchants . Notre Saint devait s'attendre plus que tout autre à rencontrer cette sorte d'épreuve sur son chemin ; mais elle se présenta à lui sous une forme tout à fait inattendue. Étant allé à Bari, où résidait alors FrédéricII, empereur d'Allemagne et roi de Sicile, l'ardent apôtre y fit entendre la parole de Dieu. 11 prêcha avec une liberté tout apostolique , foudroyant de ses anathèmes les désordres de la cour aussi bien que les débordements du peuple. Le bruit de ses discours vint jusqu'aux oreilles de Frédéric II, prince ambitieux et fourbe qui, après avoir été le pupille d'Innocent III et avoir donné de belles espérances à l'Église, flétrit la dernière moitié de son règne par tous les excès du sensualisme oriental et par la guerre injuste qu'il fit à la Papauté. Enivré de sa puissance, rêvant de rétablir à son profit l'empire universel des Césars païens, et voyant ses projets entravés par les progrès toujours croissants de l'Ordre de la pénitence et du parti des Guelfes, il résolut de perdre l'audacieux missionnaire. Soit qu'il n'osât recourir à la violence, soit qu'il trouvât plus facile de discréditer dans l'opinion publique un adversaire dont il redoutait l'influence, mais dans la vertu duquel il n'avait pas confiance, voici le guet-apens qu'il lui tendit. Il l'invita à diner, et, après le repas, il le fit conduire dans l'une des tours du château, où l'on avait introduit en secret une courtisane. Tout était préparé, il faut l'avouer, avec une malice diabolique ; mais la vertu

de François sortit de cette tentation victorieuse et parée d'un nouvel éclat. Dès qu'il aperçut la pécheresse, il répandit sur le pavé les tisons du foyer, et s'étendit sur les charbons ardents. A cette vue, la femme s'enfuit épouvantée. Le prince, qui attendait à la porte l'issue de cette tentative, entra dans la chambre, et dit à François : « Je reconnais maintenant que vous êtes un homme de Dieu. » Et il écouta volontiers les conseils et les remontrances du Saint, conseils et remontrances qu'il oublia trop tôt, pour son malheur et pour celui de ses peuples. La tour où se passa cette scène s'appela depuis « la tour de Saint-François (1) *. Ce triomphe héroïque de la chasteté termine, pensons-nous, la série des événements mémorables de l'année 1222.

Dans cette excursion de six à sept mois à travers la Péninsule italique, François trouva le moyen de fonder une vingtaine de couvents et de faire servir l'extension de son Ordre au relèvement de sa patrie.

Dans le même temps, les ouvriers évangéliques qu'il avait dispersés sur la surface de l'Europe, héritiers du zèle de leur séraphique Père, fécondaient de leurs travaux et de leurs sueurs le sol qui leur avait été assigné. C'était Jean Parent en Espagne, Zacharie en Portugal, Césaire en Allemagne, Pacifique, Bonelli et Christophe en France, Ange de Pise en Angleterre (2). — A la fin du volume nous jetterons un coup d'œil sur l'ensemble de leurs succès ; mais

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