‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 204 sur 347 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

il nous semble à propos, auparavant, d'étudier la Règle qui fut le principe et l'âme de leur apostolat.

La Règle primitive, celle qui avait été approuvée de vive voix par Innocent III, n'était qu'une ébauche, et François sentait la nécessité de la retoucher et de la compléter, pour fermer la porte aux innovations. Une apparition de Notre-Seigneur le décida à exécuter le projet qu'il méditait depuis son retour d'Orient. Quoique les anciens chroniqueurs ne nous aient indiqué ni l'endroit ni la date précise de cette apparition, l'enchaînement des faits et les habitudes du Saint nous portent à croire qu'elle eut lieu fort peu de temps après son retour de Bari (1223), et dans son sanctuaire de prédilection, Notre-Dame-des-Anges.

Une nuit qu'il était resté en oraison, il se sentit enveloppé d'une lumière surnaturelle. La terre lui semblait couverte de miettes de pain qu'il recueillait respectueusement pour les distribuer à ses Frères affamés, et les miettes étaient si petites qu'il tremblait de les voir s'échapper de ses doigts. Une voix céleste, le rassurant, lui dit : « François, réunis toutes ces parcelles en une seule hostie, et donnesen à tous ceux qui voudront en manger. » Il le fit, et tous ceux qui recevaient leur part avec mépris ou sans dévotion, lui paraissaient infectés de la lèpre. Le matin, il raconta sa vision en présence de ses Frères, mais en s'affligeant avec eux de n'en pas comprendre le sens mystérieux. Le jour suivant, pendant qu'il priait, la même voix céleste retentit au

ses Frères, et avec l'approbation du roi Henri III fondait la province d'Angleterre. (Th. Eccleston, De adventu F. M. in Angliam, coll. I.)

fond de son âme et lui dit : « François, les miettes de la nuit précédente figurent les paroles de l'Évangile; l'hostie figure la Règle, et la lèpre l'iniquité (1). » Il comprit que c'était là la réponse du ciel à ses projets, et prenant avec lui deux de ses Frères, Léon et Bonizio, il se retira dans le creux d'un rocher, à Fonte Colombo, près de Rieti, pour mieux se préparer dans le jeûne et la prière à la nouvelle rédaction de sa Règle. Il la fit écrire par un de ses compagnons; puis il revint au bout de quarante jours la communiquer au Frère Élie, Vicaire général, afin que celui-ci la méditât et la fit observer. Élie la trouva trop austère, et au lieu de la rendre, il feignit de l'avoir perdue par mégarde : il espérait la supprimer.

Mais que pouvaient l'incurie ou la malice contre un homme convaincu, comme François, du côté providentiel de sa mission? Il retourna à son rocher et y dicta une seconde fois sa Règle. Néanmoins la conduite d'Élie et la prévision des défections de l'avenir le rendaient anxieux. Ce fut, croyons-nous , à cette occasion que le Fils de Dieu lui adressa les reproches mêlés de consolations dont parle Thomas de Celano dans sa Seconde Légende (2) : « Fils de Bernardone, pourquoi te troubler ainsi ? Ne sais-tu pas que je suis avant toi le fondateur et le père de l'Institut dont je t'ai établi le pasteur? C'est moi qui l'ai posé dans l'Église ; c'est moi qui l'y maintiendrai. Les tempêtes le secoueront, mais sans jamais pouvoir l'abattre. *

En descendant de la montagne, le législateur de la

Page 1