CHAPITRE XIV
des personnages les plus accomplis de la cour pontificale. De l'illustre maison des comtes de Segni, neveu d'Innocent III, homme d'un grand esprit et d'un cœur plus grand encore, docteur, jurisconsulte, orateur, il réunissait en sa personne toutes les qualités qui font les grands hommes. Dès qu'il eut pénétré dans l'àme de François, il s'établit entre eux une amitié qui, pour le charme des relations comme pour la distance des rangs, rappelle celle de David et de Jonathas (1). Cette intimité tournait au profit spirituel de l'un et de l'autre. Le Cardinal attestait lui-même que quelles que fussent ses angoisses d'esprit, elles se dissipaient en présence du Saint. Aussi l'aimait-il tendrement, et quand ils étaient seuls, c'était le prince de l'Église qui baisait la main du diacre (2). Étendant son estime à tous les enfants du saint Patriarche, il se plaisait à visiter leurs monastères et à vivre de leur vie pénitente. « Que de fois ne l'a-t-on pas vu déposer les insignes de sa dignité, revêtir la robe de bure des Religieux, et, les pieds nus, suivre leurs exercices et leur parler de Dieu! De son côté, François avait pour lui tous les sentiments de la plus vive piété filiale, et il se reposait sur lui de toutes les sollicitudes temporelles, comme l'enfant se repose en paix sur le sein de sa mère (S). »
Ayant su par révélation que ce vieillard monterait un jour sur le trône pontifical, il redoubla de respect et de vénération pour lui. En tète des lettres qu'il lui écrivait, il avait coutume de mettre : « Au seigneur