‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 211 sur 347 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

parfait amant de la pauvreté volontaire. Voilà pourquoi il m'est plus doux de m'asseoir à une table pauvre, couverte des dons de la charité, qu'à une table somptueuse , chargée de viandes et de mets succulents. — Va, mon fils, s'écria le Cardinal, et fais ce qui te semble bon; car je vois que le Seigneur est avec toi. » Ces quelques faits que nous avons groupés autour de la figure du vénérable Cardinal, suffisent à montrer combien il était digne de la charge qu'il avait acceptée.

Il est temps d'étudier un peu plus en détail la constitution du premier Ordre : constitution que les Souverains Pontifes ont comblée de tant d'éloges, et qui a servi de modèle pour celles des Clarisses et du Tiers-Ordre. Il est temps d'examiner son but, ses moyens d'action, et la place qu'elle assigne aux Frères-Mineurs parmi les innombrables bataillons de l'armée de Dieu.

Immuable dans son essence, mais non immobile ni fermé au progrès, l'Institut monastique subit, à l'époque qui nous occupe, une révolution profonde, où sa physionomie prend un caractère militant. Jusque-là, les fondateurs d'Ordres, de saint Basile à saint Bruno, avaient tiré leurs phalanges du monde, pour les entraîner à leur suite au désert. Le Patriarche d'Assise, au contraire, arrache les siennes à la solitude, pour les lancer à travers le monde à la conquête des âmes , comme saint Bernard avait lancé ses Moines Chevaliers à la conquête des Saints Lieux. Génie sublime, il crée le Moine Apôtre; car ses fils formeront une milice exclusivement vouée au ministère de la prédication, un bataillon d'élite tou-

jours prêt à se porter aux points les plus périlleux, sur un signe du Pape ou des évoques (1). Ce but spécial, Dieu le lui avait nettement révélé par la voix de sainte Claire et du bienheureux Silvestre. La Règle ne devait donc être, et elle n'est, en réalité, qu'une aide pour l'atteindre plus facilement.

Elle se divise en douze chapitres, dont voici la substance. « La Règle et la vie des Frères-Mineurs consistent à observer le saint Évangile de Notre- Seigneur, vivant en obéissance, sans biens propres et dans la chasteté. Frère François promet obéissance et dévouement à Notre Saint-Père le pape Honorius,à ses successeurs canoniquement élus et à l'Eglise romaine. Et que les autres Frères soient tenus d'obéir au Frère François et à ses successeurs. » Le chapitre second traite de l'admission des novices. Le provincial a seul, dans sa province, le pouvoir de les admettre après un mûr examen sur la foi catholique et sur les sacrements de l'Église, mais sans jamais s'immiscer dans leurs affaires temporelles. Les postulants doivent, avant d'entrer, vendre tous leurs biens, et, s'ils le peuvent, en distribuer le prix aux pauvres. Le temps de la probation est d'une année. Le costume rappelle celui du Sauveur et des Apôtres ; c'est une robe, d'un drap vil et grossier, avec une corde pour ceinture et des sandales pour chaussure.

L'Ordre se compose de deux classes distinctes : les clercs et les laïques. Saint François trace d'une main

1. Moines Apôtres, c'est sous ce titre que l'archidiacre de Cantorbéry désigna le Frère Ange de Pise et ses compagnons lorsqu'ils se présentèrent à l'ordination (1224 ou 1225) : « Aceedant Fratres de ordine apostolorum. »

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