CHAPITRE XIV. 2S
sûre le genre de vie des uns et des autres : aux premiers, il assigne les travaux spirituels et surtout la prédication ; aux seconds, les emplois matériels du couvent. Les clercs récitent l'office divin, en suivant le rite de l'Église romaine ; les laïques y suppléent par un certain nombre de Pater. Mais tous doivent mener la vie commune; observer les mêmes jeûnes ; chercher par-dessus tout l'esprit de sainte oraison et de dévotion, auquel tout le reste doit se rapporter ; édifier leurs Frères et les gens du monde par leur modestie, leur mansuétude et leur humilité; enfin, éviter toute relation suspecte avec les femmes. Saint François recommande aux prêtres de son Ordre de n'avoir en vue dans leurs prédications que la conversion des peuples et de leur annoncer les vices et les les vertus, la peine ou la gloire, sans recherche ni affectation. Il permet à ceux qui s'y sentent appelés, d'aller évangéliser les Sarrasins et les autres infidèles . Le pierre angulaire de l'Ordre, la clef de voûte de cet édifice religieux, c'est la pauvreté séraphique. Non seulement chaque religieux en particulier renoncera à toute propriété comme dans les autres Ordres, mais l'Ordre lui-même tout entier rejettera d'une manière absolue et à perpétuité toute possession temporelle. C'est là le point capital de la Règle; et le saint Fondateur y revient à chaque page, afin qu'on ne puisse pas se méprendre sur sa pensée. Mais où prendre des fonds pour nourrir cette multitude de Frères ? Comment pourvoir à leurs besoins de chaque jour? Saint François ne manque pas de l'indiquer. Prenant modèle sur la Providence qui, tout en donnant aux petits oiseaux leur pâture, ne les dispense
pas d'aller la chercher eux-mêmes, il veut que ses fils aillent au dehors quêter les choses nécessaires à la vie. « Je défends formellement à tous mes Frères, dit-il, de recevoir n'importe quelle espèce de monnaie, par eux-mêmes ou par l'intermédiaire d'une autre personne. Qu'ils ne possèdent rien, ni maison, ni terrain, ni quoi que ce soit; mais se regardant comme des voyageurs et des étrangers en ce siècle, servant le Seigneur dans la pauvreté et l'humilité, qu'ils aillent avec confiance demander l'aumône, et qu'ils se gardent bien d'en rougir, parce que Notre- Seigneur s'est fait pauvre pour nous. C'est là, mes très chers Frères , l'excellence de la très haute pauvreté, qui vous a institués héritiers et rois du royaume des cieux, vous a dépouillés de tout bien terrestre, mais vous a élevés en vertu. Qu'elle soit votre partage, elle qui conduit à la terre des vivants. Attachez-vous-y de toutes les puissances de votre être, bien aimés Frères, et, pour le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ne consentez jamais à posséder autre chose sous le ciel. » Il ajoute ensuite ces suaves paroles, où se révèle tout son cœur : » Que les Frères, en quelque endroit qu'ils habitent ou se rencontrent, s'empressent de se rendre service, et qu'ils se manifestent sans crainte leurs besoins ; car si une mère nourrit et aime son fils selon la chair, avec combien plus d'affection chacun doit-il aimer et nourrir son frère selon l'esprit ? Et si l'un d'eux tombe malade, les autres Frères doivent le servir comme ils voudraient qu'on les servît eux-mêmes. » Un Cardinal protecteur est officiellement chargé des intérêts spirituels de l'Ordre.