CHAPITRE XIV
le saint Patriarche céda. Le Frère retourne tout joyeux sur ses pas; mais quand il se baisse pour saisir la bourse, il en sort un serpent monstrueux, qui disparaît emportant la bourse avec lui. Frère Léon revient plus confus qu'effrayé d'avoir été le jouet d'une ruse de Satan. Le séraphique Père se retourne alors vers lui, et lui dit avec douceur : « 0 chère brebis du bon Dieu, apprends que pour les religieux, l'argent est un reptile : c'est le démon. *
Saint François voulait que la pauvreté fût la plus belle parure de ses maisons. Églises et cellules, nourriture et vêtements, tout devait resplendir de l'éclat de cette vertu, afin que chaque religieux pût devenir un miroir vivant de la pauvreté du Seigneur Jésus. Car, selon ce maitre consommé de la vie spirituelle, la prière et la pauvreté sont les deux ailes de lame pour prendre son essor vers les hauteurs du ciel. La pa uvreté rompt les liens et brise les obstacles ; l'oraison commence et achève l'union d'amour avec Dieu.
Le dépouillement le plus difficile, celui qui coûte le plus d'efforts à l'âme, c'est celui des biens naturels de l'intelligence; François ne manquait point de l'exiger. Un jour, un jeune Frère lai vint lui demander un psautier. Le Saint, pour toute réponse, prit des cendres, en frotta fortement la tète du novice et le congédia, montrant par cette leçon qu'un vrai Frère-Mineur doit retrancher de son cœur toute attache à son propre sens, à ses lumières naturelles, enfin à tout ce qui peut retarder sa marche dans les voies de la perfection (1).