‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 22 sur 347 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

ses gains avec une grande partie de son temps, elle l'entraînait tout naturellement dans un autre goûl non moins commun à cette époque, non moins périlleux, le goût du luxe et des parures. Bientôt il ne trouva plus d'étoffes assez soyeuses ni d'habits assez élégants, et il se mit à porter les vêtements les plus bizarres, moins encore pour se plier aux exigences ou aux fantaisies de ses jeunes associés, que pour satisfaire cet insatiable besoin de pompe et d'opulence qui s'était emparé de son âme (1).

Bernardone voyait avec peine les profusions de son fils, et il ne pouvait s'empêcher de lui en témoigner son mécontentement. « En vérité, lui disait-il, on te prendrait pour le fils d'un roi plutôt que pour le fils d'un marchand! » Mais il n'osait aller plus loin, de peur de le contrister. Sa mère lui laissait plus do liberté d'action; quelquefois même elle prenait sa défense, et quand les amis de la famille faisaient allusion à la vie dissipée de François, elle répondait: « Attendez un peu! Pour moi, j'augure bien de lui, et je lui vois jusque dans ses amusements une noblesse de caractère qui me fait concevoir les plus belles espérances pour l'avenir (2). » Qui lui inspirait un langage si hardi? Peut-être la tendresse d'une mère croyant malgré tout à l'âme de son fils et à l'innocence de divertissements couverts par la faveur publique ; peut-être aussi le souvenir de la prédiction de l'Ange, planant comme une bénédiction du Ciel sur la vie de cet enfant prédestiné.

Au fond, tous deux l'aimaient tendrement; et tout

1. Th. de Celano, Vita prima, Ioc. cit. — 2. Légende des trois compagnons, c. i.

en regrettant ses prodigalités, ils étaient flattés de ses succès et de la sympathique admiration qu'il éveillait autour de lui.

Nous touchons au moment où François sort de l'adolescence pour entrer dans l'âge toujours si critique de la jeunesse, et où il va être appelé à son tour à prendre sa part de la vie publique. Mais avant de le suivre dans ses triomphes et ses épreuves, arrêtons-nous un instant au seuil de cette nouvelle phase de sa vie, pour contempler cette figure angélique que les peintres ne se lassent pas de reproduire, comme les peuples ne se lassent pas de l'aimer.

Voici le portrait que nous a laissé de lui Thomas de Celano, son disciple et son confident; on y reconnaît le type si fin, si distingué, des populations de l'Ombrie. « Sa taille était au-dessous de la moyenne et bien prise. 11 était maigre et d'une complexion fort délicate. Il avait le visage ovale, le front large, les dents blanches et serrées, le teint brun, les cheveux noirs, les traits réguliers, la figure expressive, les lèvres vermeilles et le sourire charmant. Ses beaux yeux noirs étaient pleins de feu, de douceur et de modestie; la paix, l'innocence et la beauté de son âme se reflétaient sur son visage. A ces avantages extérieurs il joignait ces qualités qui achèvent de rendre un jeune homme aimable : un esprit enjoué, une imagination vive, un cœur compatissant et généreux. Il était discret et fidèle à sa parole, de mœurs douces et faciles, et en même temps actif, entreprenant et capable de grands desseins : nature souple et pleine de contrastes, d'une courtoisie toute

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