‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 23 sur 347 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

chevaleresque, et d'une droiture de caractère qui no se démentit jamais (1). »

A un ensemble si parfait de dons naturels et de vertus naissantes s'ajoutait l'ascendant que donnent toujours le talent et la fortune. Aussi, à dix-huit ans, François exerçait-il sur ses jeunes compatriotes une sorte d'empire que personne ne songeait à lui disputer. Ils l'avaient mis à leur tète : il était l'âme de leurs réunions, le héros de toutes leurs fêtes, leur chef dans tous les exploits aventureux; et la foule, qui sourit toujours aux réputations naissantes, l'acclamait sur son passage comme « le roi de la jeunesse (2), »

Chose étonnante! Pendant cette période de son existence, qui va de son adolescence à sa conversion et qui ne comprend pas moins de dix années (1196- 1206), le fils de Bernardone est mêlé aux agitations de la foule, il respire l'encens des louanges, s'enivre des poésies du temps, trempe ses lèvres à la coupe d'or que lui présente le monde et où tant d'autres à ses côtés boivent la mort; il est dans toute la fraîcheur de la jeunesse et recherché de tous. Et cependant, il passe à travers ces périls et ces vanités sans souiller son âme, comme le voyageur qui passe à travers les précipices sans y tomber! On Le voit manifester hautement son horreur pour les mauvaises mœurs, s'interdire toute parole malséante, répondre par un visage sévère aux propos licencieux de ses compagnons, et ainsi garder intact, au milieu d'un siècle connu pour sa corruption, l'inestimable trésor

1. Thomas de Celaxo, Vila prima, p. I. c. xxix. — 2. Waddixg,

de la pureté. Voilà le témoignage unanime que rendent de sa jeunesse ses compagnons et ses premiers historiens, Thomas de Celano, le Frère Léon et saint Bonaventure. Une telle constance dans une vertu si délicate tient du miracle, et la grandeur d'àme ou tout autre motif humain ne suffisent point à l'expliquer. Il faut donc ici, avec le Docteur séraphique (1), remonter jusqu'à Dieu, source de toute grâce, et le bénir d'avoir posé sur le jeune front de son serviteur la plus belle des couronnes et le plus divin des privilèges, la couronne et le privilège de la virginité.

François trouvait d'ailleurs au fond de son âme un autre don de Dieu, qui lui servait de sauvegarde contre les séductions du monde et contre les tentations de la chair : c'était l'amour des pauvres, amour de prédilection dont il avait savouré les douceurs dès sa plus tendre enfance et qui, grandissant avec l'âge, devait opérer tant de prodiges. Il chérissait les pauvres comme ses frères, et se plaisait à leur faire l'aumône, surtout lorsqu'ils la demandaient pour l'amour de Dieu. A ces mots : « Pour l'amour de Dieu », son âme frémissait comme sous le coup d'un archet mystérieux, et quoique encore mondaine, elle se sentait profondément remuée. Une seule fois, tout absorbé par les affaires, il repoussa un mendiant qui pourtant avait employé la sainte formule. Mais aussitôt une pensée, rapide comme l'éclair, cruelle comme un remords, lui traverse l'esprit. « François, se dit-il, si cet homme s'était présenté de la part de

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