CHAPITRE XIV
Même âge, même taille, même profil de visage, même simplicité dans la mise. Elles s'avancèrent au-devant de lui, et lui dirent en le saluant d'un air gracieux : « Que la dame Pauvreté soit la bienvenue! » Puis elles disparurent. Les compagnons de François, témoins de cette apparition (Dieu le permit ainsi sans doute parce qu'elle concernait tout l'Ordre), ne doutèrent point qu'elle n'eût un sens mystérieux. Elle signifiait, en effet, que les trois vertus qui constituent l'essence et la beauté de la perfection religieuse, la pauvreté, la chasteté et l'obéissance, brillaient d'un égal éclat dans le séraphique Patriarche, mais que cependant la pauvreté était sa prérogative spéciale et le plus beau fleuron de sa couronne (1).
L'esprit de pauvreté parfaite, la préférence donnée à cette vertu sur toutes les autres, voilà donc, à n'en pas douter, le trait saillant de la physionomie de saint François, l'âme de ses entreprises et l'un des côtés providentiels de sa mission. Et le saint Patriarche, à son tour, l'a si bien fait pénétrer jusqu'au cœur de sa famille spirituelle, qu'aujourd'hui encore, après un laps de temps de près de sept siècles, il demeure le caractère original et distinctif des Frères- Mineurs. Le culte de l'or n'a point fait brèche à leurs cloîtres, et la pauvreté séraphique condamne toujours les honteuses spéculations de l'agiotage moderne. Un des fruits les plus admirables de cet esprit de pauvreté, c'est je ne sais quelle paix, quelle joie suave, qui rayonne sur le visage de tout véritable enfant de saint François, et dont le chrétien connaît