Mariant
privions nos lecteurs du bonheur de le connaître. Voici en quels termes un auteur espagnol, disciple et contemporain de saint Dominique, l'a transmis à la postérité : « Notre Bienheureux Père alla visiter saint François dans le couvent d'une petite ville, où celui-ci tenait un Chapitre de son Ordre. On sait de quelle étroite amitié ils s'étaient liés à Rome, et combien ils aimaient à discourir ensemble des choses de Dieu. Quand vint l'heure du repas, on avertit les deux Saints que les provisions faisaient complètement défaut pour le diner. L'un et l'autre se mirent alors en prière; et se sentant exaucés, ils firent assembler les Religieux au réfectoire. On récita les prières de la bénédiction avec plus de joie encore que de coutume, et l'on s'assit. Dominique et François étaient aux places d'honneur, les yeux levés vers le ciel. Quelques minutes s'étaient à peine écoulées, qu'on vit entrer dans la salle vingt jeunes hommes, qui déposèrent sur la table les pains renfermés dans les plis de leurs manteaux, puis s'en retournèrent deux à deux avec une modestie qui n'avait d'égale que leur beauté. Après le repas, notre Père saint Dominique fit une chaleureuse exhortation aux Frères, pour les inviter à ne jamais se défier de la Providence, même dans la plus extrême pénurie (1).» Un novice de noble famille et aux habitudes délicates, ne pouvant supporter la nourriture du couvent, prit le parti de s'en retourner dans le siècle. Un matin, il quitte sans bruit sa petite cellule, se
1. Wadding, t. II, p. 290. — Cf. Ed. Vogt, Biogr. de saint François d'Assise : Tubingue, 1810.