CHAPITRE XIV
rend à la chapelle et fait une dernière prière aux pieds du crucifix. Là, Notre-Seigneur lui apparaît, accompagné de sa glorieuse Mère. « Mon fils, lui ditil, pourquoi renoncer à ta vocation? — Seigneur, répond le novice, ce genre de vie est trop austère ! » Le Sauveur prend alors un pain grossier, le trempe dans la plaie de son côté, et lui dit : « Mange ce pain. » Le novice obéit, et il trouve ce pain délicieux. La vision disparaît, et le jeune homme rentre au monastère. Depuis lors, quand il était tenté par le démon, il se transportait en esprit dans la plaie béante du Cœur de Jésus, et ses peines perdaient à l'instant toute leur amertume.
Un autre novice était sur le point de sortir de l'Ordre pour un motif analogue : il avait pris en dégoût sa robe de bure et son lourd capuchon. Mais dans la nuit qui devait être celle de son départ, s'étant agenouillé, selon sa pieuse coutume, au pied de l'autel, il fut ravi en esprit. Il lui semblait voir défiler devant lui une multitude de Saints ; ils marchaient deux à deux, en mêlant leurs voix harmonieuses aux concerts des Anges. Leurs vêtements étaient blancs comme la neige, et leur visage resplendissant comme le soleil. Les trois derniers éclipsaient tous les autres. Le jeune homme était immobile de stupeur et de joie. Or, l'un des Saints lui dit : « Mon Frère, ceux que tu vois sont tous des Frères-Mineurs; ces deux Saints plus éclatants que les autres sont saint François d'Assise et saint Antoine de Padoue, et le dernier est un religieux mort depuis peu de jours. Dieu leur donne ces parures éblouissantes en échange des pauvres tuniques qu'ils ont portées sur la terre. » A
ces mots, la céleste vision s'évanouit, et le jeune novice retourna dans sa cellule, le cœur inondé de joie, et Tàme remplie de courage pour combattre jusqu'au soir de la vie les bons combats du Seigneur (1).
Les annales de l'Ordre séraphique renferment cent traits semblables. Ainsi le Verbe incarné prenait à cœur son ouvrage; proportionnant les grâces et les miracles aux difficultés de la règle, il faisait refleurir les conseils de l'Évangile, et réparait peu à peu les ruines de son Église par les mains de saint François et de ses disciples.
A ces deux visions, ajoutons en une autre qu'eut le doux Frère Léon ; elle achèvera de mettre un sceau divin sur les enseignements du saint fondateur. L'heure était solennelle : François, orné des sacrés stigmates, était étendu sur son lit de douleur à Assise, et se préparait à quitter celte vallée de larmes. Le Frère Léon veillait à son chevet et priait avec ferveur. Or, pendant son oraison, il fut ravi en extase et conduit en esprit sur les bords d'un grand fleuve, aux eaux profondes, au cours impétueux, que des religieux de son Ordre se disposaient à franchir. Il les vit entrer dans le fleuve; mais, ô douleur ! les uns se noyaient dès le début ; les autres, luttant avec effort contre la violence du courant, parvenaient jusqu'au tiers ou jusqu'à la moitié du fleuve ; mais gênés dans leurs mouvements par les lourds bagages qu'ils portaient, ils finissaient, eux aussi, par disparaître sous les eaux. En face d'un si