‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 229 sur 347 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

PORTRAIT DE SAINT FRANÇOIS. — SES VERTUS. — SON AMOUR POUR DIEU. — SA CHARITÉ POUR LES HOMMES. — SA TEN- DRESSE POUR TOUTES LES CRÉATURES.

Le Sagro Convento nous offre deux portraits du séraphique Père, dont l'antiquité double le prix. L'un est de Giunta de Pise, et décore la table sur laquelle fut lavé le corps de François après sa mort ; l'autre est la stigmatisation du Saint, par Giotto. Tous deux sont vivants d'expression, et ont dû servir de modèle à Raphaël dans sa Madone de Foligno. Nous nous en inspirerons pour reproduire la physionomie du saint Patriarche. Nous y retrouvons le même ensemble, les mêmes traits que dans son portrait de jeune homme ; seulement ils sont un peu modifiés par l'âge, les austérités et les secrètes influences de la vertu. Sa barbe, inculte et négligée, est noire et peu fournie; ses joues sont pâles, creusées parles jeûnes, et d'une maigreur extrême ; ses yeux sont presque éteints, à force de pleurer ; ses lèvres n'ont plus le gracieux sourire de vingt ans. Tout son visage porte l'empreinte de la lutte et de la souffrance ; mais, en revanche, il est comme transfiguré sous l'action de la grâce et reflète vivement au dehors la beauté d'une âme tout angélique.

Nous avons vu, dès les premières pages de cette histoire, que le Créateur avait enrichi cette àme des plus éminentes qualités de l'esprit, du cœur et de l'imagination, et qu'il y avait semé de bonne heure le germe des plus hautes vertus. Nous avons ensuite examiné comment saint François avait cultivé ces fleurs du ciel qu'on nomme la Foi, l'Espérance et la Charité, et comment le Fils de Dieu avait récompensé les élans de sa ferveur par des grâces toujours croissantes. Il nous reste à considérer comment ce perpétuel échange entre le Créateur et la créature a fait de François un être à part et l'une des plus grandes âmes que Dieu ait posées sur la terre.

La reine des vertus, celle qui fait les justes et mesure le degré de leur perfection, c'est l'amour de Dieu, la charité, principe vivifiant d'où naissent tous les héroïsmes sublimes, comme le ruisseau naît de la source, le rayon de son foyer, la plante de son germe. Elle était si généreuse et si brûlante en saint François, que l'Église et les peuples l'ont surnommé <c le Séraphin d'Assise ». Il était tout pénétré de Dieu, et, pour ainsi parler, tout transformé en Dieu, comme le charbon qui, jeté dans le feu, en prend l'éclat et la chaleur. C'est cette ardente charité qui le poussait à courir au-devant des humiliations, à s'anéantir totalement, à rechercher la palme du martyre. C'est elle qui le jetait dans de longues et profondes extases, ou qui lui arrachait des accents enflammés comme ceux-ci : « Seigneur, faites que la douce violence de votre brûlant amour me sépare de tout ce qui est sous le ciel, et m'absorbe tout entier, afin que je meure pour l'amour de votre amour, puisque c'est

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