CHAPITRE XV
Frères et les populations d'alentour, et de donner à cette fête un éclat inaccoutumé. Il arriva pour la nuit de Noël. Son ami, Jean Velila, qu'il avait chargé de tous les préparatifs, avait suivi ses instructions à la lettre. Un autel dressé en plein air, une crèche, un bœuf, un âne, tout reproduisait au naturel l'étable de Bethléem. A minuit, les Frères-Mineurs se mirent en marche vers le bois, accompagnés d'une foule de montagnards qui portaient des torches allumées. Un spectacle si nouveau, ces gerbes de lumières se projetant à travers les arbres de la forêt, ces gracieux noëls d'Ombrie chantés en chœur par des centaines de voix et répétés par les échos de la montagne, émurent le Saint jusqu'aux larmes. A la messe, il remplit l'office de diacre et chanta solennellement l'Évangile ; puis il prêcha sur les grandeurs et les miséricordes du Messie, qu'il appelait amoureusement l'Enfant de Bethléem. Toutes les fois que le doux nom de Jésus se présentait sur ses lèvres, il ne pouvait passer outre; sa voix s'altérait, comme s'il eût savouré un miel délicieux, ou comme s'il eût entendu une mélodie intérieure dont il aurait voulu ressaisir les notes. Le chevalier Jean Velita, homme digne de foi, qui avait abandonné la carrière des armes pour mieux servir Jésus-Christ, affirma sous la foi du serment avoir vu un enfant qui paraissait dormir et vers lequel notre Bienheureux se penchait pour le couvrir de ses baisers et comme pour le tirer de son sommeil. La paille qu'avait touchée l'apparition opéra dans la suite plusieurs guérisons miraculeuses (1).
1. Th. de Celano, Vita prima, p. I,c. xxx; — Bonaventure,c. x.
On ne saurait dire avec quelle joie les fidèles applaudirent à la pieuse institution du saint Patriarche. Sainte Claire fut des plus empressées à introduire dans tous les couvents de son Ordre cette touchante coutume, qui consiste à représenter dans les églises, aux fêtes de Noël, l'étable de Bethléem et la naissance du Sauveur. Elle-même, suivant en tout point les instructions et les exemples du séraphique Père, présidait aux préparatifs. Elle trouvait un charme inexprimable à poser l'Enfant-Jésus dans son berceau, à mêler sa voix aux cantiques des Anges devant la crèche illuminée, et à méditer sur les amabilités infinies du Verbe fait chair. Sa piété lui mérita une faveur qui contribua encore à accroître cette dévotion naissante, et dont l'auteur des Fioretti nous a décrit toutes les circonstances, moins la date, avec une scrupuleuse fidélité.
Le monastère de Saint-Danhen s'apprêtait à célébrer la belle fête de Noël. Toutes les Sœurs étaient debout. Claire seule, en proie à des fièvres chroniques et à des douleurs aiguës, et obligée de garder le lit, se voyait privée du double bonheur qu'elle avait goûté aux années précédentes, de chanter avec ses sœurs les Matines de la Nativité, et de s'abreuver du sang de l'Agneau sans tache. Nous renonçons à dépeindre son affliction; car, pour en mesurer toute l'étendue, il faudrait aimer comme elle le céleste Epoux des vierges. Lorsque au milieu de la nuit ses filles descendirent à la chapelle pour réciter l'office canonial, elle ne put contenir sa douleur : « 0 très doux Maître, s'écria-t-elle, voyez ma peine ! Mes compagnes célèbrent votre naissance par leurs noëls