Fioretti, c. xxxv
elle ne revêt plus de charme et de simplicité que dans les couvents de l'Ordre séraphique, surtout à l'Ara Cœli.
Notre Saint cherchait à se pénétrer, autant qu'il le pouvait, de l'esprit des différents mystères que l'Église célèbre dans le cours de l'année. Pendant le Carême, il se transportait avec elle sur les hauteurs du Calvaire, et laissait souvent échapper de ses lèvres ce cri du Docteur des nations : Dilexit me, et tradidit semetipsum pro me ; Jésus m'a aimé, et il s'est livré à la mort pour moi.
Cette magnifique expression de nos saints Livres le charmait : il la savourait au point d'en remplir son âme; et nous ne pouvons douter qu'elle n'ait contribué à faire de lui un Saint, et un grand Saint : tant Dieu est vivant dans chacune de ses paroles! tant chacune de ses paroles est lumineuse, féconde et puissante ! Il semble qu'elle soit comme une hostie consacrée, et qu'elle contienne le Verbe tout entier pour le donner à ceux qui la méditent.
Pendant la Semaine Sainte, la ferveur de François redoublait. Il ne pensait plus qu'à Jésus crucifié; il ne parlait plus que des plaies, des humiliations et de la mort de Jésus crucifié, et il avait l'àme si remplie du souvenir de la Passion, qu'elle débordait et se répandait en plaintes, en cris lamentables, qu'il ne pouvait retenir. La violence de sa douleur « l'obligeait à fuir la présence des hommes et à chercher quelque profonde solitude où il pût donner toute liberté à ses sentiments. C'est là qu'il eût attendri les tigres et qu'il eût fléchi les rochers. Tantôt il parlait à Jésus-Christ comme s'il l'eût vu présent: Quoi!