‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 243 sur 347 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

mon Jésus, vous êtes en croix, et je n'y suis pas! Vous êtes l'innocence même, et vous souffrez pour moi criminel ! Fallait-il tout cela pour expier la grandeur de mes crimes? — Fallait-il tout cela, mon très admirable Jésus, pour me prouver que vous m'aimez? C'est trop, c'est trop; je le sais trop, que vous m'aimez. Mais n'est-ce pas trop, mon Jésus, de m'aimer plus que votre propre vie? Mon cœur, que dis-tu à cela? Où trouveras-tu un amour pour répondre à un si grand excès d'amour?

o Tantôt il s'étonnait que les créatures les plus insensibles ne fussent pas pénétrées de son sentiment, et qu'elles n'eussent pas toutes versé des larmes sur la mort de leur Créateur. Oiseaux du ciel, ne chantez plus, mais gémissez; ne faites plus de concerts qui ne soient lugubres. Grands arbres qui portez votre tête si haut, abaissez-vous, rompez vos branches et convertissez-vous tous en des croix pour honorer celle de Jésus-Christ. Et vous, rochers, brisez-vous et soyez sensibles. Et comme il leur parlait, voyant de petits filets d'eau qui tombaient entre ces rochers, avec un doux murmure, il se persuadait que c'étaient leurs gémissements et les larmes qu'ils répandaient conformes à son sentiment. Ah! rochers, que vous me plaisez! Vous êtes donc touchés jusqu'aux larmes ! Et poussant sa voix fortement : Oui, mes frères les rochers, pleurons. Il sortait un écho qui lui répondait : Pleurons. Il redoublait plus fortement : Pleurons, pleurons. Et l'écho répondait : Pleurons, pleurons! (1) »

1. D'Argentan, Grandeurs de Jésus-Christ, t. II, c. xxvi, art. 11, p. 342.

Un chevalier, ayant un jour entendu ces gémissements, s'approcha du Saint et lui dit : « Pourquoi vous lamenter ainsi? Que puis-je faire pour vous consoler? — Mon Amour est crucifié, répondit François en sanglotant. Et si vous désirez me consoler, pleurons ensemble sur sa douloureuse Passion. »

Une autre fois qu'au milieu des souffrances inénarrables de ses deux dernières années, ses Frères le priaient de leur indiquer un ouvrage dont la lecture pût adoucir ses douleurs, il leur fit cette belle réponse : « Il n'est pas de livre qui me réjouisse plus que la Passion de Jésus-Christ; c'est là le sujet continuel de mes méditations; et quand même je vivrais jusqu'à la fin des temps, je n'aurais pas besoin d'une autre lecture (1). » — « A Dieu ne plaise, s'écriait-il encore, que je me glorifie en autre chose qu'en la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ (2). » Ce cri de l'apôtre saint Paul revenait souvent sur ses lèvres, et c'est pour ce motif que les Frères-Mineurs l'ont choisi pour la devise de leur blason.

Notre Saint ne séparait jamais l'amour de Jésus crucifié de l'amour de Jésus hostie, toujours vivant au très Saint-Sacrement de l'autel. Il entendait la messe tous les jours et communiait fréquemment (3) ; il exhortait aussi tous ses fils spirituels, même ceux du Tiers-Ordre, à l'imiter en ce point. Qu'il était beau de le voir au moment de la sainte Communion s'avancer vers la Table sainte, les yeux baissés, les mains jointes et les pieds nus, par respect pour un si grand

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