‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 244 sur 347 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

mystère! C'était pour les assistants un des plus doux spectacles de leur vie, et nul n'en était témoin sans se sentir une plus vive dévotion. Lorsque François avait reçu le Dieu de son cœur, il se retirait à l'écart, plongé dans une sorte d'ivresse spirituelle et ravi en extase.

Quiconque a compris que le sacrement de l'autel est ici-bas le dernier mot de l'amour, quiconque a goûté une fois aux délices eucharistiques, sent naître en son âme une passion nouvelle : le Tabernacle a pour lui des attraits irrésistibles ; là est son trésor, là est aussi son cœur. C'était la passion du séraphique Patriarche. Il ne pouvait se rassasier de contempler l'Hôte de nos tabernacles. A genoux devant l'autel, perçant les nuages du voile eucharistique, et se plongeant à souhait dans cet océan de lumière, dans cette fournaise d'amour que nous montre la foi, il passait la plus grande partie de ses jours dans un colloque intime avec son Dieu. Les heures s'envolaient trop vite alors au gré de ses désirs, et l'aube matinale le surprenait presque toujours dans ces doux entretiens, qu'il ne quittait qu'à regret.

Il ne pouvait souffrir que les églises où reposait l'adorable Eucharistie fussent mal tenues ; au besoin, il prenait soin lui-même de les nettoyer. De peur que les pains d'autel ne manquassent ou qu'ils ne fussent mal faits, il avait coutume de porter en mission, pour les paroisses pauvres, un fer à hosties artistement gravé. C'est encore à cause de l'Eucharistie qu'il avait pour les prêtres une singulière vénération, devenue traditionnelle dans son Ordre.

Comment dépeindre sa dévotion envers les Saints :

saint Michel, chef de la milice angélique ; saint Pierre et saint Paul, les princes des Apôtres ; et surtout Marie, la Bienheureuse Mère de Dieu, qu'il avait choisie pour son avocate auprès de Dieu et pour la patronne de son Ordre? Chaque année, il s'imposait de longs jeûnes en l'honneur des uns et des autres (1).

Cet amour intarissable et si pur qui remplissait l'âme de François, et qui découlait directement du Cœur de Jésus, ne demeurait pas oisif : il se répandait comme un fleuve qui déborde, sur toutes les créatures, plus spécialement sur les déshérités de ce monde (et ils sont toujours le plus grand nombre!) et jusque sur les blasphémateurs et sur les impies. Que de fois l'inaltérable douceur du Bienheureux guérit ces cœurs ulcérés par la haine ou par le chagrin ! Que de fois il les réconcilia avec le ciel, avec eux-mêmes et avec la société! Laissons le plus ancien de ses biographes, Thomas de Celano (2), nous raconter une de ses victoires. Un jour qu'il se rendait d'Assise à Pérouse, il rencontra sur sa route un manant dont le visage trahissait une violente colère, et qui s'emportait en imprécations de tout genre contre son seigneur, qu'il accusait de lui avoir volé tout son bien. Le serviteur de Dieu s'approche de lui, et le voyant persévérer opiniâtrement dans ses sentiments de haine et de vengeance, il a grande compassion de son âme. « Mon frère, lui dit-il avec une angélique douceur, de grâce, pour l'amour de Dieu, pardonne

1. Th. de Celano, Vita secunda, p. III, c. cxxvi et cxxvn. t. Vita secunda, p. III, c. xxxm.

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