CHAPITRE XVI
OBÉISSANCE, CHASTETÉ, PAUVRETÉ, HUMILITÉ, MORTIFICATION DE SAINT FRANÇOIS. — DON D'ORAISON. — EMPIRE SUR LA NATURE.
La charité divine est une reine qui ne marche point seule ; elle a pour filles et pour compagnes toutes les autres vertus ; et quand elle établit son règne dans un cœur comme celui de François, on doit s'attendre à la voir entourée du cortège le plus resplendissant. Ce serait trahir notre mission d'historien et frustrer l'attente de nos lecteurs, que d'omettre ces beautés intérieures, sous prétexte qu'elles sont propres à la vie du cloître : comme si les vertus monacales n'étaient pas un trésor et un enseignement pour tous ! Nous en dirons donc un mot ; mais ce ne sera qu'une ébauche. Car, il en est de cette figure séraphique comme de l'image du Crucifix : elle défie toute plume et tout pinceau; elle ravit, et elle désespère.
Qui pourrait dépeindre, en effet, le zèle du Bienheureux à pratiquer l'obéissance ? Quoique fondateur d'Ordre, quoique investi du généralat à vie par les Souverains Pontifes, on le voit toujours aspirer à obéir. Dans ses voyages, il cède le commandement à un de ses compagnons, et à dater du jour où il a remis le pouvoir entre les mains de Pierre Cattani,
il se soumet avec une candeur d'enfant à Ange de Rieti, qu'on lui a donné pour gardien. Vers la fin de sa vie, on l'entend dire confidentiellement à l'un de ses disciples : « J'ai reçu d'en haut cette grâce entre toutes les autres : que si l'on m'assignait pour gardien un novice d'une heure, je lui obéirais aussi facilement, aussi ponctuellement qu'au plus ancien Religieux (1). 3>
On se souvient de l'amour de prédilection qu'il avait voué dès le premier éveil des passions à la belle vertu de pureté, et qui alla toujours grandissant avec l'âge. Cette aimable vertu, qui dans une chair mortelle nous fait vivre de la vie des Anges, resplendissait tellement en toute sa personne, qu'elle arrache à Thomas de Celano ce cri d'admiration : « Qu'il était beau à voir avec l'innocence de ses mœurs, la candeur de son âme et l'angélique pureté de son regard ! » Saint Bonaventure lui rend un témoignage non moins précieux. « Convaincu qu'il en est de la chasteté comme d'une fleur délicate qu'un souffle peut ternir, François recommandait à ses Frères de veiller avec un soin extrême sur leurs sens, leur imagination et leurs relations avec les personnes du sexe, et leur en donnait l'exemple. Il était lui-même si modeste, qu'il put assurer à ses compagnons, dans une confidence ntime , n'avoir jamais levé les yeux sur une femme (2). »
On se rappelle aussi comment il fut l'amant fidèle, l'amant passionné de la pauvreté évangélique. Nous avons peu de choses à ajouter à ce que nous avons