‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 25 sur 347 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Assise et Pérouse : guerre dont un écrivain moderne, suppléant au silence des biographes du saint, a mis en lumière l'origine et les motifs, en se fondant sur les archives municipales d'Assise (1).

Depuis un demi-siècle, la Péninsule était divisée en deux grandes factions qui se disputaient le pouvoir, les Guelfes et les Gibelins. Les Guelfes étaient les partisans de l'indépendance italienne et de l'autorité pontificale ; ils s'appuyaient principalement sur le clergé et la bourgeoisie ; et partout où ils étaient les maîtres, les cités s'érigeaient en communes imitées du municipe romain, ou plutôt en républiques autonomes. Les Gibelins étaient les partisans des Ilohenstauffen et du régime féodal. La ligue de Milan, la victoire de Legnano (1176) et la paix de Constance avaient assuré la prépondérance aux Guelfes, mais sans terminer la querelle ; les deux nationalités, malgré leurs accords partiels, restaient toujours en présence avec leurs antipathies originelles, leurs intérêts opposés et leurs implacables vengeances.

Assise s'était rangée du côté des Guelfes. Arrachée au Saint-Siège (2) en 1160 par Frédéric Barberousse, elle ne supportait qu'en frémissant le joug de l'usurpateur. En 1177, sous les yeux de Conrad Lùtzen, grand feudataire d'Allemagne, duc de Spolète et comte d'Assise, elle institua des consuls chargés de défendre ses intérêts. En 1198, à l'avènement d'Innocent III, elle alla plus loin : elle prit les armes, et

1. Cristofaw, Histoire d'Assise, 1. II, p. 84-98. —2. Depuis la donation de la princesse Mathilde, l'Ombrie était un des fiefs du Saint-Siège.

ses milices assiégèrent, emportèrent d'assaut et rasèrent sur-le-champ la redoutable citadelle qui depuis sa fondation avait servi d'instrument à la tyrannie de l'étranger. Enflammée par ce premier succès, elle releva les remparts de la ville, convia tous les grands vassaux de l'empire à faire la paix avec elle, et les menaça, s'ils s'y refusaient, de démolir leurs châteaux forts. L'exécution de cette menace amena la guerre dont nous ignorions l'origine. Une dizaine de barons, de ceux qui, par esprit de caste, faisaient fi des sommations de la commune, se voyant chassés de leurs terres et à la veille d'une ruine inévitable, prirent un parti désespéré : ils se jetèrent dans les bras de Pérouse, la rivale séculaire d'Assise. Il n'y eut qu'une voix dans Assise pour blâmer leur déloyauté, leur félonie, et proclamer qu'il en fallait tirer une éclatante vengeance.

Si François avait été un ambitieux, il aurait épousé la cause des grands feudataires, assurés de vaincre avec le concours de Pérouse ; mais il n'écouta que le cri du droit méconnu et de la justice outragée, et se rangea sous la bannière de la commune.

L'an 1201, les milices d'Assise, plus braves que prudentes, sortirent de la ville, et se portèrent, enseignes déployées, au-devant de l'ennemi. Le combat fut acharné et sanglant ; mais l'avantage resta aux Pérugins. François et plusieurs de ses concitoyens furent surpris dans une rencontre, faits prisonniers et emmenés à Pérouse. Leur captivité dura toute une année (1). Sous le coup d'un revers si

1 . « Comme François était noble de mœurs, on l'enferma avec les chevaliers. • {Légende des trois compagnons, c. n.)

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