CHAPITRE I
imprévu, tous ces jeunes chevaliers tombèrent dans un profond abattement. Seul, François conserva sa belle humeur et sa franche gaieté, essayant, par ces bons mots qui lui étaient habituels, de relever le courage de ses compagnons. Ceux-ci, irrités, comme il arrive presque toujours, par le malheur, s'offensèrent d'une confiance et d'un entrain qui contrastaient si vivement avec leur position , et leur mécontentement s'exhala un jour par d'assez durs reproches. « Je vous plains, mes amis, répliqua François; pour moi, je suis loin de partager votre désespoir. Aujourd'hui vous me voyez chargé de chaînes ; un jour vous me verrez honoré par tout l'univers (1). » Quand il parlait de la sorte, ce n'était point chez lui fol orgueil ou vaine ostentation ; il ne faisait que rappeler à leur souvenir la prédiction de ce vieillard d'Assise dont nous avons parlé précédemment.
Il est probable que les jeunes chevaliers goûtèrent assez peu ce genre de consolation. Quoiqu'il en soit, François ne cessa de leur donner des preuves de l'esprit de charité qui l'animait, surtout dans une circonstance que ses premiers historiens n'ont pas manqué de relater. L'un des prisonniers, d'un caractère naturellement enclin à la violence et encore aigri par le chagrin, ayant injurié ses camarades, tous le délaissèrent. Notre doux adolescent les exhorta d'abord au pardon ; puis, voyant que ses efforts n'aboutissaient à rien, il se tourna vers le coupable, lui tint compagnie, l'apaisa et le rendit