‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 255 sur 347 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Père avait posé l'édifice de sa sanctification sur le roc inébranlable de l'humilité chrétienne (1).

La mortification des sens achevait en saint François l'œuvre commencée par l'humilité. Ce n'est pas en vain qu'il avait voulu dans le principe que ses disciples prissent le nom de « Pénitents d'Assise ». Ne demeura-t-il pas toujours le grand pénitent de l'Ombrie, et ne sommes-nous pas autorisé à dire qu'il fut un des plus grands ascètes du moyen âge, avant d'en être un des plus grands apôtres ? Ses premiers pas dans les âpres sentiers de la pénitence épouvantent la nature ; son jeûne dans l'île du lac de Pérouse rappelle les austérités des solitaires de la Thébaïde. A Notre-Dame-des-Anges, il égale saint Benoit se roulant dans les épines et saint Bernard se jetant dans un étang glacé; et lors même qu'à force de flageller sa chair, il en a comprimé les derniers cris, les derniers essais de rébellion, il ne se départ point de l'esprit de pénitence qui l'a animé, dès la première heure de sa conversion, d'un souffle nouveau, violent, irrésistible. Au rapport de saint Bonaventure, il traitait sa chair comme on traite un ennemi, ne lui accordant que ce qu'il ne pouvait lui refuser. Souvent il saupoudrait de cendre les aliments qu'on lui présentait, alléguant pour excuse que sœur cendre était chaste. Il ne buvait que de l'eau, et encore est-ce à peine s'il en prenait assez pour étancher sa soif. Un jour qu'on lui demandait la raison d'une telle austérité de vie : « C'est que, répondit-il, il est difficile de satisfaire aux besoins

Page 1