‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 257 sur 347 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

dernier soupir, il se crut obligé, comme saint Bernard, à demander pardon à Frère l'âne, c'est-àdire à son pauvre corps, de l'avoir traité si durement.

C'est le propre des Saints de concilier en eux les vertus en apparence les plus opposées. Cet amant de la pénitence était en même temps un miroir d'amabilité, de douceur et de gaieté.

Plus on étudie sa vie et ses œuvres, plus on voit reluire et s'harmoniser en lui toutes les grandeurs morales, magnanimité de caractère et modestie, héroïsme et simplicité, zèle et prudence, force et douceur. Et alors on ne s'étonne plus que le Créateur, trouvant une âme si docile à ses inspirations, l'ait enrichie des dons les plus précieux, tels que le discernement des cœurs, l'esprit de prophétie, et le pouvoir de commander aux démons, aux maladies et à la mort. Pour nous, nous admirons ces faveurs célestes; mais il est un don qui nous parait préférable encore, don plus caché, mais plus excellent, parce qu'il est la source des autres : c'est le don d'oraison. François le posséda au plus sublime degré. Il est rare de trouver dans le même homme la vie contemplative de Marie et la vie active de Marthe; presque toujours l'une des deux domine aux dépens de Fautre. C'est le privilège du Patriarche d'Assise d'avoir su réunir en lui l'une et l'autre, et de les avoir, pour ainsi dire, fait marcher de pair.

Thomas de Celano et saint Bonaventure nous racontent avec quelle diligence il faisait valoir ce don de Dieu. L'oraison était le fond de son existence, la respiration de son âme, l'échelle spirituelle par laquelle il allait des hommes à Dieu et de Dieu aux

hommes. Il n'entreprenait rien sans y avoir recours, et c'est à elle qu'il attribuait tout le succès de ses prédications, toutes ses victoires sur les puissances infernales, tous ses progrès dans la vertu. Ce fut elle, en effet, qui l'éleva si rapidement à la parfaite union d'amour avec Dieu. Aussi était -il extrêmement attentif en toutes circonstances aux touches de l'Esprit-Saint. S'il était seul, perdu dans les forêts de Monte-Zucco, de l'Amiata ou de l'Alverne, il s'abandonnait sans crainte aux mouvements de la grâce. S'il se trouvait en voyage et au milieu de ses Frères, il les quittait sans rien dire, et cheminait un peu en arrière, pour mieux obéir au souffle de l'Esprit divin. Plus d'une fois ses compagnons le virent ravi en extase, le visage transfiguré, les yeux fixés au ciel et tellement hors de lui-même qu'il était insensible à tout ce qui se passait autour de lui, ou bien encore élevé de plusieurs coudées au-dessus du sol et la tête environnée d'un nimbe lumineux. « Pendant ces longs ravissements , le Très-Haut lui communiquait des secrets, que le bienheureux Père gardait au fond de son cœur, à moins que la gloire de Dieu ou le bien des âmes ne lui fissent un devoir de les divulguer^). »

Dieu n'intervient pas sans motif; mais ici les desseins de la sagesse éternelle éclatent à travers les fréquentes visions dont il favorisa le Saint: il voulait affirmer l'œuvre du fondatenr et accréditer la mission de l'Apôtre. C'est ce que prouvent les apparitions que nous allons raconter.

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