Légende des trois compagnons, c. n
tout à fait sociable : si bien qu'à la fin, subjugués par tant de patience et de mansuétude, tous ses compagnons d'infortune lui vouèrent une estime et une affection sans bornes. L'an 1202, la paix fut conclue entre les deux cités rivales, et nos prisonniers recouvrèrent leur liberté (1).
Là se termine pour François sa vie bruyante et mondaine, cette vie qu'il appellera désormais sa « vie de péché », pleurant ces années de dissipation et remerciant Dieu de l'avoir miraculeusement arraché aux périls du monde.
Quelques auteurs du seizième et du dix-septième siècle, interprétant trop à la lettre cette expression du saint : « Ma vie de péché >, ont supposé qu'il avait imité saint Augustin dans ses écarts, avant de l'imiter dans son retour. C'est là une manifeste erreur, que réfutent d'avance, ainsi que nous l'avons déjà constaté, les chroniqueurs contemporains. Tous attestent que François conserva son innocence baptismale jusqu'à la fin de sa carrière: et le Frère Léon assure l'avoir appris par révélation. « Je vis en songe, raconte-t-il, notre bienheureux Père debout sur la cime d'une montagne au milieu d'un parterre de fleurs et tenant un beau lis à la main; et comme je demandais quel était le sens de cette vision, une voix céleste me répondit que ce lis était le symbole de l'angélique pureté de François (2). * Un tel témoignage, partant d'une bouche si autorisée, nous per-
1. Légende des trois compagnons, c. n. — 2. Barthélémy de Pise, Conformités. — Bernard de Besse, De laudibus B. Fr., c. v, ms. de Turin. — Chronique des vingt-quatre généraux.