‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 260 sur 347 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

distribue comme il lui plaît à ses créatures, ne veut pas qu'on trouble indiscrètement et sans motif les opérations de sa grâce. Un jour que l'évêque d'Assise était descendu au couvent de la Portioncule, et que, n'entendant aucun bruit, il avait entr'ouvert la porte de la cellule de François, avec le secret désir de le surprendre en extase, il se sentit tout à coup repoussé par un bras invisible et rejeté assez loin de la cellule ; il ne recouvra le libre usage de ses sens que lorsqu'il eut ingénument avoué son indiscrétion en présence des Religieux (1).

Qu'attestaient ces prodiges , sinon l'éminente sainteté du fils de Bernardone? Sainteté dont les reflets sont admirables : car, à force de larmes et de prières, d'amour et d'humilité, il avait reconquis l'innocence primordiale et semblait avoir recouvré les privilèges dont jouissaient nos premiers parents au jour de leur création. Il était parfaitement soumis à Dieu; et la créature inférieure, à son tour, rentrant pour lui dans l'ordre détruit par le péché, se montrait si docile à sa voix, que pour retrouver une pareille obéissance il faut remonter jusqu'à l'âge d'or du paradis terrestre. Sans doute, avant lui, plusieurs Saints avaient plus ou moins ressaisi le sceptre tombé des mains d'Adam : les Pères de la Thébaïde étaient servis par les corbeaux ; les lions du désert venaient lécher les pieds d'Andronicus et se coucher devant Vite, Modeste et Crescence ; saint Gall commandait aux ours des Alpes; saint Colomban, traversant la forêt de Luxeuil, était réjoui par le chant des

Page 1