CHAPITRE XVI
et lui commanda de gagner les plaines de l'air, pour y chanter les louanges du Créateur; et aussitôt l'oiseau battit des ailes, prit son essor et se mit à gazouiller joyeusement.
Sur ce même lac, un batelier lui présenta un jour un gros poisson qu'il venait de prendre. François garda quelque temps le poisson entre ses mains, puis le remit à l'eau. Au lieu de se sauver, le poisson demeura au même endroit, jouant à fleur d'eau en présence du Saint, comme s'il n'eût pu se séparer de lui. Il ne plongea au fond du lac que sur l'ordre du séraphique Père et après avoir reçu sa bénédiction (1).
Une autre fois, rencontrant sur la route de Sienne un jeune homme qui allait vendre des tourterelles : « Mon cher fils, lui dit François, ne livre pas à la mort ces oiseaux innocents, qui sont dans l'Écriture le symbole des âmes chastes, humbles et fidèles; donneles-moi, je te prie. » Le jeune homme s'empressa de les lui donner. François les réchauffa sur son sein, les caressa, et leur adressa ces paroles : « Tourterelles innocentes et chastes, pourquoi vous êtes-vous laissé prendre? Mais je veux vous arracher à la captivité et à la mort, et je vous bâtirai des nids où vous pourrez vous multiplier. — Écoute, mon fils, ajoutat-il en se tournant vers le jeune homme, voici la la récompense que Dieu réserve à l'acte de générosité que tu viens de faire. Tu revêtiras sous peu l'habit de la pénitence, et tu trouveras avec nous dans le trésor de la pauvreté volontaire le gage de l'éternelle béatitude. » Cette prédiction s'accomplit