‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 270 sur 347 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

lontaire, recueillaient toutes ses paroles avec le même respect que si elles fussent tombées des lèvres d'un Ange. L'un d'eux, le comte Orlando de Chiusi di Casentino, une de ces âmes d'élite qui sont dans le monde sans être du monde, se détache du groupe à l'issue de la prédication, aborde le Saint, et, le tirant à l'écart, lui dit : « Père, il y a longtemps que je soupire après cette heure ; je désire tant m'entretenir avec vous du salut de mon âme! » François, aussi discret que zélé, lui répond avec un aimable sourire : « Volontiers, mais pas maintenant; assistez d'abord à la fêle, et après le repas, nous converserons ensemble tant qu'il vous plaira. » Orlando suivit le conseil du Saint. Le banquet une fois terminé, il accourut près de François, et ils discoururent longtemps ensemble du bonheur du ciel et des moyens d'y parvenir. A la fin de cet entretien tout céleste et trop court à son gré, le comte Orlando dit au Bienheureux : « J'ai dans mes domaines une de ces montagnes sauvages qui portent l'esprit au recueillement. Visitez-la; si elle vous plaît, je vous la donnerai de grand cœur, à vous et à vos compagnons, pour le salut de mon âme. » François accepta la proposition, et promit d'envoyer immédiatement deux de ses Frères pour visiter le mont Alverne, pendant qu'il poursuivrait son voyage vers l'Espagne (1).

Les deux Religieux choisis par le saint Patriarche montèrent au château de Chiusi, vieux manoir dont on aperçoit encore aujourd'hui les ruines imposantes sur les bords de la petite rivière de la Rasina, à un

i. Salvaîor Vital, Théâtre séraphique.

mille de l'Alverne. Le comte Orlando les reçut avec bonheur, rassembla une escorte de cinquante hommes armés, pour se défendre des bêtes fauves et des brigands, et se mit lui-même à la tête de la petite caravane. L'ascension de la montagne est pénible, mais sans monotonie. Ses premiers mamelons sont d'une extrême aridité ; çà et là des ravins, des blocs de granit jetés comme au hasard, des chênes rabougris qui ont peine à grandir assez pour donner leur ombre au voyageur. Aux deux tiers de sa hauteur, la montagne change d'aspect : la pente devient moins raide, et le sol moins infécond. Puis, tout à coup, se dresse à pic devant vous le géant de ces montagnes, roche immense aux parois perpendiculaires comme une muraille et couronnée d'une magnifique forêt de hêtres et de sapins : c'est l'Alverne. Cette nature âpre et sauvage, effrayante et sublime, plut aux deux Frères explorateurs. Ils acceptèrent au nom de François la donation que leur fit Orlando, et s'y bâtirent à la hâte une cabane et un oratoire, où ils psalmodièrent l'office divin, pour prendre possession de la montagne par la prière (1).

A son retour d'Espagne, François se fit rendre compte de ce qui s'était passé. Les Frères lui dépeignirent cette solitude sous de si belles couleurs, qu'il dit à ceux qui l'entouraient : « Mes chers enfants, le carême de la Saint-Michel approche; je crois que Dieu nous appelle à le passer sur cette montagne, pour la consacrer par la pénitence au Sauveur, à sa

1. Fioretti, première considération sur les Stigmates. Les Fioretti semblent n'être ici que l'écho de la tradition.

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