‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 275 sur 347 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

beaucoup de peine. » Il dit, et il descendit l'Alverne avec ses hommes pour regagner le château de Chiusi (1).

Après son départ, Ange, Léon et Masséo vinrent s'asseoir sur la mousse, auprès de leur bienheureux Père, pour recevoir ses instructions. Depuis longtemps déjà, le soleil avait disparu derrière la cime des Apennins ; les étoiles scintillaient au firmament, et envoyaient à la terre leur lueur vacillante; une brise légère s'était élevée et rafraîchissait les visages ; les bruits du monde venaient s'éteindre au pied de la montagne. Ici l'âme se sentait plus près de Dieu. Les Frères gardaient le silence, comme s'ils eussent craint de réveiller les échos de la montagne ou de troubler l'oraison de leur Père. Enfin, celui-ci prit la parole : « Mes Frères, leur dit-il, ne faites pas trop de fond sur la généreuse proposition du seigneur Orlando, de peur de porter atteinte à votre vœu de pauvreté. Soyez sûrs que si vous êtes de vrais pauvres, le monde aura compassion de vous. Si vous embrassez étroitement la sainte pauvreté, on vous fournira libéralement le pain de chaque jour, au lieu • que si vous vous en écartez, on vous délaissera. N'est-ce pas Dieu qui vous a appelés à cette forme de vie pour la conversion des peuples ? Et dès lors, n'y a-t-il pas comme un pacte implicite entre vous et lui, et qui oblige également les deux parties contractantes ? A vous donc d'offrir aux peuples le pain de la vérité et le spectacle de vos vertus; aux peuples, qui sont ici les mandataires de Dieu, de vous donner en

l. Fioretti, deuxième considération sur les Stigmates.

échange le pain matériel. Soyez fidèles à remplir vos obligations, et gardez la pauvreté évangélique, parce qu'elle est la perfection et le gage des richesses éternelles (1). »

Les cellules des Frères, n'étant que de feuillage, ne pouvaient les protéger suffisamment contre l'intempérie des saisons; d'ailleurs, ils n'avaient point d'habitation convenable pour y loger le Dieu de l'Eucharistie. Le saint Patriarche songea donc à bâtir une église et un petit couvent; et dès qu'Orlando revint sur la montagne, il lui fit part de ses desseins. Le comte les approuva ; il amena, peu de jours après, quelques ouvriers des environs, et fit exécuter le plan tracé par le Saint.

Pendant qu'on travaillait à cette construction, François parcourait la montagne dans tous les sens, recherchant de préférence les endroits les plus favorables à la contemplation. Bientôt il se trouva en face d'énormes masses de rochers, qui laissaient voir de larges déchirures, de profondes cavernes et des blocs de pierre qui surplombaient. Le Bienheureux, soupçonnant là quelque mystère, eut recours à l'oraison et pria le divin Maître de l'éclairer sur l'origine de ces phénomènes de la nature. Et il lui fut révélé que ces phénomènes s'étaient produits au moment du tremblement de terre qui accompagna la mort du Sauveur (2).

Un étrange événement faillit troubler la retraite des Frères-Mineurs. En face du plateau qu'ils occupaient s'élève une roche au front dénudé, à l'aspect

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