CHAPITRE XVII
et fut plus explicite encore. Frère Léon, étant venu vers minuit frapper à la porte de François, et n'entendant point de réponse, eut la curiosité de s'avancer et de regarder à travers les planches de la porte ce qui se passait. 0 prodige ! La grotte était inondée d'une clarté céleste. François était à genoux, les bras croisés sur la poitrine, selon sa coutume. Un vif rayon de lumière, tombant du ciel, éclairait son front; et ses yeux étaient fixés sur un objet invisible, qui l'attirait et semblait absorber toute son âme. Le Maitre et le serviteur échangeaient quelques paroles ; mais le Frère Léon ne pouvait saisir le sens de ce divin dialogue. 11 remarqua seulement que le Saint répétait de temps à autre : « Qui êtes-vous, Seigneur, et qui suis-je ? » Puis il le vit se relever, mettre la main dans sa poitrine, et cela à trois reprises, et l'étendre chaque fois vers la flamme mystérieuse. Après quoi les voix se turent, la lumière disparut, et tout rentra dans le silence et dans les ténèbres.
Le Frère Léon éprouva comme le sentiment d'un homme ébloui par les éclairs qui sillonnent la nue au milieu d'une tempête. Il regarda autour de lui. C'était toujours le même paysage : les hêtres allongeaient leurs ombres effrayantes ; les roches grisâtres reflétaient les rayons argentés de l'astre des nuits ; les étoiles scintillaient au firmament; mais tout lui parut plus terne, plus sombre qu'auparavant. 11 reporta ses yeux sur la caverne : elle avait repris son aspect austère, et nulle trace n'y était restée de la visite divine : elle n'était plus la porte du ciel.
Le Frère, ayant conscience de son indiscrétion, voulut se retirer sans bruit; mais François, qui l'avait
entendu, l'appela et lui adressa ce doux reproche : « Chère brebis du bon Dieu, pourquoi as-tu cherché à connaître ce qui devait rester caché? » Le Frère avoua sa faute, et en ayant obtenu le pardon, il ajouta : « De grâce, mon Père, pour la plus grande gloire de Dieu, expliquez-moi le sens de la vision que vous avez eue. » Le Saint y consentit par esprit d'obéissance et d'humilité : l'angélique Léon était son confesseur et son confident. « Mon frère, lui dit-il, le Seigneur m'a apparu dans cette flamme que tes yeux ont aperçue. 11 m'a communiqué une si haute connaissance de ses perfections et de mon néant, que je n'ai pu m'empècher de m'écrier : « Mon Dieu, qui ètes-vous, et qui suis-je ? D'où vient que vous daignez abaisser vos regards sur moi qui ne suis qu'un ver de terre ?» Le Seigneur Jésus m'a dévoilé des mystères si élevés que l'esprit humain ne peut les comprendre. Avant de remonter au ciel, il m'a dit pour adieu : « François, en échange de tous les biens que tu as reçus de moi, offre-moi quelque présent. — Eh ! Seigneur, vous savez que je n'ai plus rien au monde, et que depuis longtemps je vous appartiens sans réserve. — Mets la main dans ton sein, et donne-moi ce que tu y trouveras. J'ai obéi; trois fois j'ai mis la main dans ma poitrine, et chaque fois j'en ai retiré une belle pièce d'or, que je me suis hâté de lui offrir. Stupéfait, je lui ai demandé ce que signifiaient ces trois pièces d'or miraculeuses. Elles représentent, m'a-t-il répondu, les trois vœux de pauvreté, d'obéissance et de chasteté, fidèlement gardés par les Religieux; elles représentent aussi les trois Ordres dont je t'ai établi le fondateur et le père. Or, voici