‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 279 sur 347 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

qu'en échange de ce que tu m'as donné je renouvelle les trois promesses que je t'ai déjà faites: l°j'aimerai et j'assisterai très spécialement tous ceux qui deviendront tes enfants ; 2° je bénirai leurs amis et maudirai leurs persécuteurs ; 3° ta triple famille subsistera jusqu'à la fin des siècles. »

Ayant achevé ces mots, François congédia son compagnon, en lui défendant de jamais divulguer le secret de ces apparitions et de chercher désormais à voir ce qui se passait entre Dieu et lui (1).

Plus le saint Patriarche méditait sur les plaies et les douleurs de l'Homme-Dieu, plus son cœur devenait un brûlant foyer d'amour ; plus aussi il se sentait enflammé du désir de ressembler à son divin modèle. Ayant appris de la bouche d'un Ange qu'il trouverait dans les oracles du saint Évangile ce que le Seigneur attendait de lui, il fit venir le Frère Léon. Trois fois Léon ouvrit le livre des Évangiles, et trois fois il tomba sur la Passion de Jésus-Christ. Dès lors François comprit qu'après avoir imité le Sauveur dans sa vie cachée et dans son apostolat, il devait lui ressembler encore dans son ineffable martyre, et il s'écria : «Mon cœur est prêt, Seigneur; mon cœur est prêt. »

Courage, ô François ! ne t'arrête pas sur le chemin du Calvaire. Ce n'est point assez d'avoir pleuré avec Jésus au jardin de Gethsémani ; ce n'est point assez d'avoir essuyé, avec sainte Véronique, la poussière, la sueur et le sang qui souillaient sa face adorable,

1. Fioretti, troisième considération sur les Stigmates. — Cf. Thomas Eccleston, collât, xu.

ni même de lui avoir aidé, avec Simon le Cyrénéen, à gravir les âpres sentiers du Golgotha. Ta soif de sacrifice n'est pas apaisée. Monte plus haut, monte sur la croix, pour y être crucifié avec Jésus. Prépare ton cœur : l'heure de l'immolation mystique a sonné pour toi.

Nous touchons ici à l'apogée des ascensions mystiques d'un grand Saint. Nous sentons qu'il siérait mal à un pauvre pécheur comme nous de décrire de si célestes merveilles. Aussi nous taisons-nous pour écouter la voix d'un docteur expert en ces matières, celle du Docteur séraphique(l).

« A l'aube du jour, en la fête de l'Exaltation de la sainte Croix (2), l'angélique François était en prière sur le penchant de la montagne. Tout à coup il vit descendre des hauteurs du ciel un Séraphin aux six ailes de feu, éblouissantes de clarté. L'Ange vola d'un vol rapide tout près de lui, et demeura suspendu dans les airs; et alors apparut entre ses ailes l'image de Jésus crucifié. A cette vue, l'âme de François fut saisie d'une stupeur indicible. La joie et la douleur la remplissaient tour à tour: la joie, parce qu'il avait en face de lui le Dieu de son cœur, le Dieu d'amour sous la forme d'un Séraphin; la douleur, parce que c'était Jésus souffrant, avec les mains et les pieds attachés à la croix, et le cœur percé de la lance. Il avait sous les yeux un mystère insondable, et son étonnement était extrême; car, comment concilier les humiliations du Calvaire avec les gloires de la vision

1. Boxavent., c. xin. — 2. Le 14 septembre tombait cette année-là un vendredi (Salvatou Vital, Théâtre séraphique, p. 104-109).

Page 1