‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 281 sur 347 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

leurs lèvres, et les ont touchés de leurs mains, afin que rien ne manquât à la force de leur témoignage.

« Quant à la blessure du côté, François la cacha si bien, que, de son vivant, nul ne put la voir qu'à la dérobée. Un Frère, qui lui rendait des soins assidus, le pria un jour de quitter sa tunique, sous prétexte de la laver; grâce à cette pieuse industrie, il vit et considéra la plaie; et y posant légèrement trois doigts, il en mesura la grandeur. Le Vicaire général (le Frère Élie) réussit de la même manière à la voir. Un autre compagnon du Saint (le Frère Rufin), homme d'une parfaite simplicité, lui oignant les épaules pour le soulager en ses infirmités, atteignit par mégarde la plaie du cœur; François en ressentit une si vive douleur, quà dater de ce jour, il porta une ample tunique qui lui couvrait les flancs. Les Frères qui lavaient ses vêtements, les trouvant teints de sang, ne purent plus douter de l'existence de cette plaie ; enfin, après la mort du séraphique Père, ils purent satisfaire leur dévotion et contempler à loisir l'ouverture du cœur et les autres stigmates du serviteur de Dieu.

« Ainsi orné des sacrés stigmates, ô François, tu es cet ange de l'Apocalypse que saint Jean a vu s'élever à l'Orient et qui portait au front le signe du Dieu vivant. »

Le fils de Bernardone portait donc, visibles sur sa chair, avec leurs couleurs de carmin et leurs émanations embaumées, les divines empreintes du Séraphin : miracle inouï dans les âges précédents, miracle dont les peuples de FOmbrie furent témoins pendant plus

de deux années, prodige ineffable d'amour par lequel Dieu voulait à la fois honorer dans François le législateur des pauvres évangéliques et raviver dans l'esprit d'une génération croyante, mais perdue d'orgueil et de volupté, le souvenir de la grande scène du Calvaire, en lui offrant dans la personne du stigmatisé de I'Alverne l'image vivante du divin Crucifié ! Ce privilège, qui est comme le couronnement des autres dons accumulés sur la tête du séraphique Patriarche, est en même temps un des faits les mieux constatés. On ne peut le révoquer en doute, sans nier toute certitude historique.

Le fait une fois admis, il faut bien admettre aussi le miracle. Accuser le Frère Élie de supercherie, comme le fait Renan (1), c'est recourir à une imputation calomnieuse pour repousser le surnaturel. Ne voir dans ce phénomène, avec Alfred Maury (2), que le fruit d'une imagination exaltée par la méditation des mystères de la croix, c'est contredire ouvertement l'expérience et le sens commun; car, quelle que soit la puissance de l'imagination, elle ne peut jamais traduire en caractères visibles sur la chair les impressions de l'âme, ni retenir à son gré les flots de la vie après une lésion au cœur qui de sa nature entraine la mort. Supercherie, imagination, hallucination, toutes ces explications tentées par la science aux abois sont donc fausses ou insuffisantes ; et dès lors la conclusion s'impose : le dernier mot de ce phénomène est dans l'intervention d'une puissance supé-

1. Nouvelles Études d'histoire religieuse, François d'Assise, etc. (Voir notre préface).

% La Magie et l'Astrologie, 4e éd., p. 343-422,

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