‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 284 sur 347 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

LE POÈTE DE l'aLVERNE. — DERNIÈRES ANNÉES DE SAINT FRANÇOIS. — SA MORT.

La poésie seule peut rendre les grandes passions de l'âme. Aussi avons-nous vu François, en face des beautés de la nature, improviser son beau cantique du Soleil. Mais si des créatures périssables et fragiles lui ont arraché de tels cris d'admiration, que sera-ce donc, après que les yeux de sa chair ont contemplé Celui qui est l'éternelle et substantielle beauté, et que son cœur a reçu des mains mêmes de l'amour une blessure profonde, ineffaçable, dont il ne voudrait pour rien au monde guérir? Comment pourrat-il contenir les sentiments impétueux qui débordent de son cœur, comme un fleuve qui a rompu ses digues? Ayant trouvé sur la croix Celui qu'il demandait aux forêts de l'Alverne, Celui qu'il aime, il le chante, et son enthousiasme se traduit par deux odes qu'on dirait écrites dans le feu des ravissements divins.

Saint Bernardin de Sienne, qui nous les a léguées,

les attribue toutes deux à saint François; et nous

n'avons point de motifs suffisants pour contredire

l'opinion d'un si fidèle interprète des traditions franciscaines. D'autres historiens les rangent parmi les œuvres du bienheureux Jacopone de Todi, autre disciple de François et le fameux auteur duStabat.'Pour nous, nous partageons l'avis du savant Ozanam. Le premier chant, qui est le plus beau, et qui a pour refrain : « In foco l'amor mi mise : L'amour m'a mis dans un foyer d'amour», ne paraît pas avoir été retouché par une main étrangère. Tout au plus Jacopone lui a-t-il donné un rythme plus classique, comme le Frère Pacifique l'avait fait pour le Cantique du Soleil. L'auteur n'a pas signé son œuvre, il est vrai ; mais il a voilé son nom sous les ardeurs de sa flamme et les riches couleurs de son imagination. L'idée fondamentale et le ton belliqueux de cette tenson trahissent le jeune Assisien qui rêve de s'illustrer sous l'étendard du gentil comte de Brienne, puis y renonce soudain pour devenir le gonfalonier d'un prince plus puissant et le chevalier errant de l'amour divin. Il représente son extase sur l'Alverne sous la figure d'un assaut d'armes, où lui-même fait une chevauchée sur la terre du Christ ; blessé à mort, il rend les armes et se lie par amour et sous la foi du serment à son vainqueur.

Le second poème est beaucoup plus long; on n'y retrouve plus ce tour original et bref qui est le cachet des œuvres de saint François. On peut donc admettre que le bienheureux Jacopone paraphrasa, avec son abondance naturelle, une belle et grande pensée empruntée à quelque vieux cantique du séraphique Patriarche, comme les disciples d'un musicien reproduisent dans une suite de variations le motif donné

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