‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 285 sur 347 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

par le maître. Quoi qu'il en soit, ce poème étincelle de beautés. Écoutons les accents de cette poésie italienne.

« 0 Amour, pourquoi blesser ainsi mon cœur? Je suis tout hors de moi ; la flamme que tu as allumée en mon sein me consume, et elle va toujours grandissant.

■ Je ne puis fuir ni trouver de repos : je suis le prisonnier de l'amour.

« Pour acquérir l'amour, j'ai tout quitté; et après avoir sacrifié le monde sans réserve et sans retour, je me suis donné moi-même. Si tout l'univers était en ma possession, je le donnerais sans hésiter en échange de l'amour.

« Je ne saurais désormais arrêter mes regards sur les créatures ; je n'ai plus d'yeux ni de voix que pour mon Créateur. En présence du Christ mon Amour, toute beauté me parait une fange impure ; le ciel et la terre perdent leurs attraits, le soleil sa splendeur, le chérubin ses lumières, le séraphin ses ardeurs.

a Toutes les créatures me répètent sans cesse que je dois aimer. Je les entends murmurer à mes oreilles : c Aime de tout ton cœur, aime celui qui nous a créés e pour t'attirer à lui. »

a 0 Beauté ancienne et toujours nouvelle, ô Jésus, tu m'as ravi mon cœur, et tu entraines mon àme tout entière je ne sais où. Je n'ai plus de cœur que pour t'aimer. O Amour après qui je soupire, ah! fais-moi mourir d'amour!

« Toi-même tu ne sus pas te défendre de l'amour. Par amour tu descendis sur la terre, et tu cachas tes grandeurs natives, ta sagesse et ta puissance. Sou-

vent tu cheminais par le monde comme un homme enivré ; l'amour te menait comme un homme vendu. En toutes circonstances tu ne montras qu'amour, un amour sans mesure, avec un complet oubli de toimême.

« Donc, que nul ne me reprenne, si je suis ivre d'amour et que l'amour semble m'ôter la raison. Comment aurais-je la force de résister à ses attraits? Non, je ne le puis. La sentence est portée, je dois mourir d'amour. Je ne veux d'autre consolation que de mourir d'amour (1). »

Dans les dernières stances, le poète répète sans cesse : Amour! amour! 11 s'est donné pour toujours à celui qui l'a marqué des glorieux stigmates de sa Passion ; il persévérera dans sa résolution. Et comme la passion hâte les battements du cœur, fait haleter la poitrine et ne permet plus d'autre langage que de brûlantes exclamations, son amour s'exhale à la fin en sons rapides, harmonieux, semblables à ceux d'une harpe éolienne qui obéit à un souffle céleste et dont les accords pressés croissent, décroissent, meurent, renaissent et se prolongent longtemps encore (2.).

Gœrres a écrit tout un volume sur saint François troubadour; il a eu raison. A travers les strophes qu'on vient d'entendre, en effet, court un souffle

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