CHAPITRE XVIII
lyrique, puissant, inconnu, sous la pression d'un seul sentiment. Ce sentiment, le plus spontané, le plus pur, le plus violent qui puisse faire vibrer les cordes du cœur humain, et par là même le plus poétique, c'est l'amour divin, le même amour qui a enfanté les martyrs du Colisée. François cède aux transports de cet amour ; il chante comme chantent les séraphins du ciel, et le moindre de ses soupirs dépasse toute l'antiquité païenne, qui connut Dieu, mais ne l'aima pas.
On nous pardonnera de nous être quelque peu étendu sur ce sujet. « Premiers vagissements de la muse italienne (1), » cris sortis d'une extase, ces poésies sont des riens, si on les compare aux œuvres ou aux vertus du Saint ; mais ces riens ont du prix cependant, parce qu'ils reflètent quelque chose des ardeurs d'une âme séraphique, comme la goutte de rosée reflète les premiers feux du jour.
Lorsque le poète de l'Alverne eut dicté ses odes et célébré la fête de l'archange saint Michel (2), il quitta la solitude de l'Alverne pour retourner en Ombrie. Il était monté sur un âne, humble monture qu'il préférait à toute autre en souvenir de l'entrée triomphale du Sauveur à Jérusalem, et dont il fut obligé de se servir pendant les deux dernières années de sa vie. 11 fut tout étonné de trouver au pied de la montagne une foule de gens de Borgo San Sepolcro et des environs, qui l'attendaient. Ayant remarqué que, le 14 septembre, la montagne était enveloppée d'une