CHAPITRE II
CONVERSION DE SAINT FRANÇOIS. — SA RETRAITE DANS UNE GROTTE. — PÈLERINAGE AU TOMBEAU DES APÔTRES. — LE TABLEAU DE SAINT-DAMIEN.
L'attachement au monde et à ses vanités vivait toujours au fond du cœur de François. Cet attachement, pour n'être pas criminel, n'en était pas moins un péril pour l'avenir éternel de son âme et un obstacle aux desseins de Dieu, qui voulait faire de ce jeune homme l'instrument sûr et docile de ses miséricordes. Il faut donc que ces liens soient brisés, et Dieu frappera coup sur coup, jusqu'à ce qu'il les ait tous tranchés les uns après les autres.
La longue captivité de Pérouse, tout en éclairant l'âme de notre adolescent, lui avait laissé la plupart de ses illusions. Aussi, peu de temps après son retour à Assise, la Providence lui envoyait-elle une nouvelle épreuve, ou plutôt une nouvelle grâce, destinée à le rendre plus souple et plus docile à l'action de l'Esprit- Saint : la souffrance ! Une longue et cruelle maladie le cloua sur un lit de douleur, le jeta malgré lui dans l'isolement des hommes et, achevant l'œuvre corn-
mencée par le malheur, changea le cours de ses pensées. Sa première sortie nous met à même de mesurer l'étendue de ce changement. Dès qu'il se sentit assez de force pour marcher, il sortit de la ville, appuyé sur un bâton. 11 avait hâte, comme tous les convalescents, de reprendre possession de la vie, de la lumière et de la société des hommes ; et d'ailleurs, il se berçait d'une espérance qui ne nous étonne point dans les habitants de l'Ombrie, si sensibles aux beautés de la nature : il s'imaginait que l'air pur de la campagne, les senteurs du printemps, les riantes perspectives de la vallée, allaient rendre la joie à son âme et la vigueur à ses membres. Mais, à son grand étonnement, toutes ces magnificences qu'il avait tant de fois admirées, cette plaine si fertile, ces vignes s'enlaçant autour des ormeaux, ces bouquets d'oliviers semés sur la colline, ce coucher si ravissant du soleil qui semble embraser de ses feux mourants le sommet des Apennins, cette brise du soir si douce aux convalescents, tout cela lui sembla décoloré, triste et froid; et son regard désenchanté entrevit, à travers le voile des créatures, le néant des choses terrestres et l'éternelle beauté de Dieu. Un sentiment inconnu, le dégoût, envahit son âme ; il rejeta avec dédain ce qu'il avait le plus aimé jusque-là, et sa vie passée lui parut une folie. L'im- . pression fut très vive, mais passagère. La passion de la gloire qui dormait au fond de son cœur se réveilla avec le retour à la santé, et l'impétueux jeune homme ne tarda pas à s'abandonner comme auparavant à ses goûts pour les beaux vêtements et pour les aventures chevaleresques. On eût dit qu'il voulait