CHAPITRE XVIII
Damien, afin qu'il y pût recevoir plus facilement les remèdes préparés par sainte Claire. Il y demeura quarante jours avec quatre de ses compagnons, Masséo, Rufin, Léon, son confesseur, et Ange Tancrède. Quelle réunion de Saints en cet humble réduit! Là, un jour qu'il succombait sous le poids de la douleur, on l'entendit adresser au ciel cette fervente prière : « 0 mon Dieu, jetez les yeux sur votre pauvre petit serviteur ; daignez venir à mon secours, et accordez-moi la grâce de supporter patiemment toutes ces infirmités. * Une voix céleste lui répondit aussitôt : « François, peut-on acheter trop cher un joyau qui permet d'acquérir un royaume sans prix? Or, ce joyau, c'est la souffrance envoyée de Dieu. Sache qu'elle vaut mieux que tous les trésors de la terre, et qu'il ne faudrait pas s'en défaire pour le monde entier, quand même toutes les montagnes se changeraient en or pur, toutes les pierres en diamants et toutes les eaux en baume. — Oui, Seigneur, repartit le Saint, c'est ainsi que j'apprécie les peines par lesquelles vous me visitez ; elles sont un don de votre amour qui me châtie en ce monde pour me faire éternellement miséricorde en l'autre. — Réjouis-toi donc, ajouta la voix ; car c'est là le chemin qui mène au ciel. « A ces mots, le malade se leva plein d'une ferveur nouvelle ; il fit venir la vierge Claire, presque toujours souffrante, afin qu'elle profitât, elle aussi, d'enseignements si propres à la consoler. Et ces deux Anges de la terre s'entretinrent longtemps ensemble du prix de la douleur chrétiennement acceptée, et de l'infinie bonté de Dieu, dont la main
bénit toujours, lorsqu'elle s'étend sur ses serviteurs (1).
Avec quel soin, avec quel esprit de foi la vierge Claire veillait sur une existence si chère, sur une santé si utile à l'Église, on le devine assez. Elle confectionna pour lui une espèce de chaussure qui, tout en recouvrant les plaies de ses pieds, lui facilitait la marche. Mais tous les remèdes, toutes les précautions vinrent échouer contre la violence du mal. Élie, essayant d'un changement d'air, fit alors transporter le Saint au couvent de Foligno, où il éprouva, en effet, quelque soulagement. De Foligno on ne tarda pas à le ramener à Notre-Dame-des-Anges, et c'est là qu'il passa, languissant et malade, la plus grande partie de l'année 1225. A l'époque des vendanges, et par conséquent dans les premiers jours d'automne, on le conduisit à San Fabiano, près de Rieti, dans l'espérance que l'air des vignobles lui serait favorable.
Le Pape était alors à Rieti avec toute sa cour; plusieurs éminents personnages, et même des princes de l'Église, vinrent à San Fabiano pour visiter l'homme de Dieu. Pendant qu'ils s'entretenaient avec lui, les gens de leur suite, peu délicats, entrèrent dans la vigne du curé et mangèrent tous les raisins. Le curé, tout désolé, s'en plaignit à François, qui lui demanda combien il croyait avoir perdu. « Tous les ans, s'écria le prêtre, je récolte environ quatorze muids de vin, et cela suffit pour ma maison. — Eh bien ! reprenez courage, lui dit le Saint, Dieu répa-