‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 291 sur 347 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

rerales dommages dont ma présence a été l'occasion, et votre vigne vous rapportera les quatorze mesures habituelles, et plus encore! » La prédiction s'accomplit, et des quelques grappes qui avaient échappé à la dévastation, le curé tira vingt mesures de vin (1). En souvenir de cette multiplication miraculeuse, les magistrats élevèrent dans la suite, sur l'emplacement de la vigne, le couvent de Notre-Dame-des-Bois, dont Grégoire IX voulut lui-même consacrer la nouvelle église (2) .

Au bout de quelques jours de repos, François se rendit à Rieti pour présenter ses hommages au successeur de Pierre, Honorius III, qui le reçut avec honneur. Il ne logea point au palais pontifical, mais dans la maison d'un Sarrasin converti, nommé Tebaldo. C'est là, selon Thomas de Celano (3), qu'il entendit cette mélodie angélique dont parle saint Bonaventure. Une nuit, consumé parla fièvre et ne pouvant fermer la paupière, il exprima le désir qu'on lui fit un peu de musique pour réconforter son âme. Comme il n'y avait point d'artiste dans la maison et que les Frères s'excusaient sur leur ignorance, Dieu ne dédaigna point de venir lui-même au secours de son fidèle serviteur. Un Ange apparut, une viole à la main; et laissant glisser l'archet sur son instrument, il en tira des sons si suaves, si harmonieux, que l'àme du Saint en était comme enivrée et ses sens comme suspendus. Le saint Patriarche ne put taire ce prodige à ses compagnons. A ce récit du Docteur séra-

1. Mariaxo. — 2.' Waddlvg, t. III, p. 120. — 3. Th. de Celano, Vita secuncla, p. III, c xlvi.

phique, les Fioretti ajoutent un détail incomparable. « Si l'Ange eût donné un second coup d'archet, l'âme du Saint, entraînée par cette divine mélodie, se fût échappée de son corps. »

Cependant, ces consolations sensibles n'étaient que momentanées, tandis que les souffrances devenaient chaque jour plus cuisantes. On transporta le malade au couvent de Fonte Colombo, non loin de Rieti. Ses médecins, qui l'y suivirent, furent d'avis, pour soulager ses maux d'yeux, de lui appliquer un fer rouge aux tempes. Le remède était atroce, l'opération excessivement douloureuse; François y consentit néanmoins, heureux de souffrir pour l'amour de Jésus crucifié, et espérant d'ailleurs recouvrer assez de vue pour pouvoir recommencer ses travaux évangéliques. Quand il vit le fer rougi au feu, il ne put se défendre d'un premier mouvement de crainte. Pour vaincre cette répugnance de la nature, il se mit à parler au feu comme on parle à un ami : « Mon frère le feu, toi que le Seigneur a fait brillant, utile et beau, soismoi propice en ce moment. Je prie le grand Dieu qui t'a fait, de tempérer ta chaleur, afin que je puisse la soutenir. » Puis ayant fait le signe de la croix devant le fer incandescent, il présenta sa tète au chirurgien, qui promena son instrument dans les chairs crépitantes, depuis l'oreille jusqu'au sourcil, sans que le patient témoignât la moindre douleur. Après l'opération, il dit à ses Frères : i Louez le Seigneur ; car, je vous l'affirme, je n'ai senti ni l'ardeur du feu, ni aucune douleur. » Et, se tournant vers le médecin, il le pria de recommencer, s'il supposait l'opération imparfaite. Cet homme, admirant une telle force

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