BONAVENT., C.V., p
mêmes qui êtes ses familiers, vous ne sauriez concevoir jusqu'à quel point la vertu divine habite en lui (1). »
Les bons offices du médecin ne demeurèrent point sans récompense. Une magnifique maison qu'il venait de faire bâtir était déjà lézardée et menaçait ruine; sa chute paraissait imminente. Il résolut alors de recourir aux moyens surnaturels ; et ayant obtenu une mèche des cheveux du Saint, il la posa dans la fente du mur. Sa foi obtint un miracle ; le lendemain matin, la crevasse avait disparu, et les murs s'étaient solidement rejoints (2).
La suite des événements nous présente un autre prodige, qui nous attriste autant que les précédents nous consolent, et qui nous prouve une fois de plus que les miracles les plus éclatants ne suffisent pas à convertir ceux-là mêmes qui en sont l'objet. Nous le rapporterons tel que nous le trouvons en saint Bonaventure, et dans le même esprit, afin qu'il serve à jamais de leçon aux générations futures. Le fait se passe à Rieti, dans une des chambres du palais épiscopal, où François, après un court séjour à Fonte Colombo, s'était laissé transporter. On lui amena un chanoine porté sur un brancard et presque expirant, qui venait solliciter sa guérison. Gédéon (c'était le nom du chanoine), esprit frivole et mondain, avait mené jusque-là une vie peu sacerdotale; se sentant atteint d'une maladie mortelle, il se prit à redouter les jugements de Dieu, et pour échapper aux coups
1. Th. de Celano, Vita secunda, p. II, c. xm. — 2. Boxavent., c. vu, p. 106.