CHAPITRE XVIII
de la justice éternelle, il eut recours à l'intercession du stigmalisé de l'Alverne. L'évêque et son entourage joignirent leurs instances aux siennes. François, lisant au fond de son cœur comme dans un livre ouvert, lui dit : « Comment Dieu peut-il vous guérir, lorsque vous ne cessez de l'outrager? Cependant, à cause des âmes pures qui plaident votre cause, je le supplierai d'avoir pitié de vous. Mais prenez garde, malheur à vous si vous retournez à vos vomissements ! Car l'ingratitude est un vent brûlant qui tarit la source des grâces. » Après cet avertissement, il fit le signe de la croix sur le malade qui, se levant aussitôt, se mit à louer Dieu et s'écria : « Je suis guéri.» Pourquoi faut-il ajouter que le malheureux ne tint pas compte des menaces du Saint? Étant retombé dans ses désordres, il ne larda pas à en porter la peine. Il mourut misérablement, écrasé sous le toit d'une maison qui s'était effondrée sur lui. 0 mystère de justice ! . . . 0 profondeur des jugements de Dieu ( J ) !
Quant au séraphique Patriarche, surmontant par un effort héroïque la fièvre et les souffrances qui l'oppressaient, il essaya de reprendre le cours de ses missions, si longtemps interrompu. On touchait à la fin de l'année 122o. François fit ses adieux à cette ville hospitalière de Rieti, et partit accompagné de ([uelques-uns de ses Frères, pour consacrer ce qui lui restait de forces à courir, comme le bon Pasteur, après les brebis égarées. Dieu semblait l'offrir en spectacle aux populations si croyantes de l'Italie, afin de raviver partout le souvenir de la grande scène
î. !" '.savent., éd. cit., c. xi, p. 154.
du Calvaire. La vue d'un Saint est une lumière ; c'est une vision du Ciel, et quiconque a eu le bonheur d'en être une seule fois le témoin ne peut plus en perdre le souvenir. Quel effet ne devait donc pas produira la vue de celui qu'on appelait un crucifix vivant! Quel pécheur, si endurci qu'on le suppose, ne se fût laissé attendrir au seul aspect d'un tel Saint! Qui donc eût pu résister à la double influence de sa parole et de son invincible charité! Enfin, qui aurait pu révoquer en doute l'authenticité de sa mission, lorsqu'il semait les miracles sur ses pas et qu'il portait sur sa chair l'impression visible des sacrés stigmates? Parmi tant de faits que mentionnent les historiens, nous nous bornerons à en rapporter deux, dont le dernier a la plus haute importance historique.
A Celano, dans les Abruzzes, un chevalier vint de lui-même offrir à nos apôtres l'hospitalité de sa demeure et les inviter à diner chez lui. Il fit tant d'instances, que François ne put se défendre d'accepter. Le Saint, ayant fait les prières d'usage avant le repas, se tourna tout à coup vers son hôte et lui dit à l'oreille : « Mon frère, j'ai cédé à vos instances, et me voici dans votre maison. A votre tour, écoutez mes conseils, et suivez-les. Confessez sur-le-champ vos péchés avec le plus profond repentir, car le Seigneur vous rendra aujourd'hui même le bien que vous faites à ses pauvres. » Le soldat crut à la parole du Bienheureux ; il reçut du compagnon de François le pardon de ses fautes, régla ses affaires temporelles et se prépara sérieusement à paraître devant Dieu. Puis, s'étant mis à table avec ses convives, il fut