CHAPITRE XVIII
un ami sourit à son ami. N'était-ce pas elle qui allait lui ouvrir les portes de la cité de la paix, et l'introduire près du trône de son Bien-Aimé? Aussi laissaitil percer à travers ses angoisses je ne sais quelle joie qui n'est pas de ce monde. Et quoique ses souffrances fussent si aiguës, si continuelles, qu'il lui eût semblé plus tolérable (lui-même l'avouait) de passer sous la main du bourreau, cependant il trouvait encore assez de force pour consoler ceux qui l'entouraient. Où puisait-il cette énergie surhumaine? Le trait suivant donnera la réponse à cette question.
Un jour que ses douleurs l'oppressaient plus cruellement encore que d'habitude, un petit Frère infirmier, touché de compassion, lui dit : « Mon Père, priez donc le Seigneur de vous traiter un peu plus doucement ! Il semble que sa main s'appesantisse trop durement sur vous. — Si je ne connaissais ta simplicité et la droiture de tes intentions, répliqua François avec une sainte indignation, j'aurais horreur de demeurer avec toi, qui trouves à redire aux jugements de Dieu sur moi. » Et aussitôt, rappelant toutes ses forces, il se jette sur le pavé, et le choc est si violent que ses membres endoloris en sont tout froissés. Puis il baise la terre en s'écriant : < Seigneur, je vous rends grâces pour toutes mes souffrances. Ajoutez-en cent fois plus encore, si c'est votre bon plaisir; car mon unique bonheur est d'accomplir votre très sainte volonté (1). » Le séraphique Patriarche se peint tout entier dans ce mot. Aimer Dieu sans mesure, accomplir en tout sa très sainte volonté,