‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 306 sur 347 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

OBSÈQUES DE SAINT FRANÇOIS. — SA CANONISATION. — TRANSLATION DE SES RELIQUES. — MAGNIFICENCES DE SON TOMBEAU.

Les mystères de la grâce étaient consommés : ceux de la gloire allaient commencer. Au moment où François expira, une multitude de ces alouettes qu'il aimait et qu'il invitait à célébrer avec lui les louanges du Créateur, s'abattirent sur le toit de Notre-Damedes-Anges, et chantèrent avec une merveilleuse douceur, comme pour fêter son couronnement dans le ciel.

Le Frère Augustin d'Assise, Provincial de la Terre de Labour , homme de mérite et d'une sainteté consommée, vit l'âme du saint Patriarche monter au firmament sous la forme d'une étoile resplendissante ; et se soulevant avec effort sur la couche où la douleur l'avait cloué : «Mon Père, cria-t-il, attendezmoi, je m'en vais avec vous. » Et son âme, brisant la frêle enveloppe de son corps, fit cortège à celle de son bienheureux Père. Saint François apparut également à son illustre ami, Guido, évèque d'Assise, qui revenait alors du pèlerinage du mont Gargano et se

iïi SAINT FRANÇOIS D'ASSISE.

trouvait à Bénévent : « Je quitte ce lieu d'exil, lui dit-il, et m'en vais à la patrie (1). » Tous ces événements se passaient dans la nuit du 3 au 4 octobre.

Le corps du défunt était une relique sans prix. Aussi les Frères l'entourèrent-ils des marques de la plus profonde vénération. Giacoma de Settesoli, cette pieuse matrone en qui le P. Orlando salue une suave image de sainte Marie-Madeleine (2), pourvut aux frais des décorations funèbres et de l'inhumation ; et, grâce à sa munificence, le corps, revêtu d'une tunique neuve ouverte au cœur, et entouré d'essences et de parfum auxquels se mêlait une odeur toute céleste, fut étendu sur de magnifiques tapis pour être exposé à la vénération du peuple.

La nouvelle de cet événement se répandit avec la rapidité de la foudre dans la ville d'Assise. « Le Saint est mort île Saint est mort! » criait-on de toutes parts. Le soir même, les habitants descendirent à la Portioncule pour vénérer les restes de celui qu'ils avaient invoqué comme un Saint, même de son vivant. Chacun put alors les contempler à loisir et satisfaire sa dévotion. « Autant François s'était fait petit et humble, dit saint Bonaventure, autant Dieu prenait plaisir à le glorifier immédiatement après sa mort? Son âme avait franchi les parvis célestes, et buvait à longs traits aux sources de la vie ; mais en se séparant de son corps, elle lui avait laissé un gage certain de ses destinées futures ; nous voulons parler du privilège des sacrés stigmates, privilège inouï

Page 1