‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 307 sur 347 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

depuis les premiers siècles de l'Église, et qui lui valait d'être l'image de Jésus glorieux et ressuscité, après l'avoir été de Jésus souffrant. Dans ses mains et dans ses pieds, on voyait des clous miraculeusement formés de sa chair, et qui étaient tellement adhérents, que, poussés d'un côté, ils avançaient de l'autre, comme des nerfs fort durs et d'une seule pièce. Rien n'empêchait plus de voir la plaie du côté (qu'il cachait avec tant de soin pendant sa vie), cette plaie que la main de l'homme n'avait point faite, et qui rappelait à l'esprit celle du Seigneur Jésus. Les clous avaient la couleur grisâtre du fer; mais la blessure du côté, avec sa couleur vermeille et ses bords repliés, ressemblait à une belle rose fraîchement épanouie. Le teint du saint Patriarche, naturellement brun, un peu basané, avait recouvré l'éclat et la fraîcheur du premier âge, et ses membres la souplesse de l'enfance : autant de symboles de la pureté de son âme ! On eût dit un autre Christ descendu de la croix et prêt à être enseveli dans le tombeau.

« Cependant parmi les fidèles qui vinrent baiser les stigmates, on remarqua un chevalier de grande réputation, nommé Jérôme, incrédule comme l'apôtre saint Thomas : comme lui, il examina minutieusement et palpa du doigt les cinq plaies du bienheureux Père, et comme lui aussi, il fut délivré de tout doute à cet égard; il devint dans la suite l'un des plus chauds défenseurs de la réalité du miracle. Pendant toute la nuit, les Religieux, les Tertiaires et les amis du Saint chantèrent sans interruption des psaumes et des cantiques devant sa dépouille mortelle : si bien qu'on eût cru assister à la fête d'un

Ange plutôt qu'aux funérailles d'un homme (1).

Le lendemain dimanche, 4 octobre, eurent lieu les obsèques, ou plutôt le triomphe du fidèle serviteur de Dieu. Laissons un témoin oculaire, Thomas de Celano, nous en retracer les scènes imposantes.

Dès le matin , le clergé et les consuls d'Assise se rendirent à Notre-Dame-des-Anges pour transporter solennellement les restes de leur compatriote. Toute la ville était là; de plus, une foule innombrable, accourue de tous les points de l'Ombrie, encombrait la plaine. Le convoi défila lentement et avec ordre. Les trompettes guerrières ouvraient la marche, selon l'usage du temps ; puis venaient les fidèles portant des rameaux d'olivier, et après eux les Frères, tenant des torches ardentes à la main. Deux magistrats et deux Frères-Mineurs portaient le corps sur leurs épaules. Le clergé fermait le cortège, et s'avançait au chant des psaumes et des hymnes de l'Église. Au lieu de prendre le chemin le plus direct, on choisit le sentier détourné qui mène au monastère de Saint-Damien. On déposa le corps dans la chapelle des Pauvres-Dames, afin qu'elles eussent la consolation de contempler une dernière fois le visage transfiguré de leur fondateur. On ouvrit la grille à travers laquelle on leur donnait la sainte communion ; et Claire, malade, portée dans les bras de ses Filles, put vénérer, toucher et baiser, non sans verser beaucoup de larmes, les cinq plaies du stigmatisé de l'Alverne. Elle essaya d'arracher un des clous miraculeux pour le conserver comme

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