‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 31 sur 347 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

italique, où Gauthier III, comte de Brienne, surnommé par ses contemporains le gentil comte, c'est-à-dire le courtois et noble comte, revendiquait au nom de sa femme la principauté de Tarente, et au nom d'Innocent III la tutelle du jeune Frédéric II et le royaume de Sicile, usurpés par deux aventuriers allemands, Markwald et Thiébaud. Le héros français y continuait avec succès une campagne inaugurée par la prise de Capoue, de Lecce (1201), de Barletta (1202); la victoire, tidèle à son drapeau, donnait une sorte de consécration à ses droits, et dans les provinces du nord aussi bien que dans celles du midi, tous les esprits soucieux de l'honneur national faisaient des vœux pour le triomphe de ses armes. Dès le principe, toutes les sympathies de François avaient été, nous l'avons vu, pour la cause pontificale; en 1205, après la symbolique vision du palais, il résolut d'y apporter un concours actif. La cause de Gauthier n'était-elle pas celle du droit et de la liberté? L'avenir n'était-il pas à lui? Et dès lors, quelle gloire de combattre sous les ordres du plus loyal des gentilshommes et d'être armé chevalier par lui ! Ainsi pensait le fils de Bernardone. Ayant appris qu'un des plus illustres chevaliers d'Assise allait offrir son épée au comte de Brienne, il sollicita l'honneur de le suivre, et partit avec lui, en brillant équipage, son petit bouclier de page au bras, en disant à sa famille et à ses amis qu'il deviendrait un grand capitaine (1).

1. « Generis nobilitatc impar, sed magnanimitate supcrior. » (Th. de Celano, Vita prima, p. I. c. n.)

Il faisait fausse route, il retournait au monde; alors la divine Providence intervient ; ayant le dessein de frapper un de ces coups décisifs d'où dépend le reste de la vie, elle a recours à la toute-puissance du miracle. Elle terrasse François sur le chemin de Spolète, comme elle avait terrassé Saul sur la route de Damas, et lui explique par un nouveau songe l'obscurité du premier. Il goûtait un demi-sommeil, lorsqu'il entend une voix céleste lui dire : « François, lequel des deux peut te faire le plus de bien, du maître ou du serviteur, du riche ou du pauvre? — C'est le maître et le riche, répond-il. — Pourquoi donc, reprend la voix, délaisses-tu Dieu, qui est le maître et le riche, pour courir après l'homme, qui n'est que le serviteur et le pauvre? » Et François de s'écrier : « Ah ! Seigneur, que voulez-vous que je fasse? — Va, poursuit la voix, retourne dans ta ville natale ; car la vision que tu as eue a un sens tout spirituel. C'est de Dieu, et non des hommes, que tu en recevras l'accomplissement (1). » François, comme Saul, fléchit sous le glaive du saint amour. Sa réponse est identique à celle du grand Apôtre; sa récompense sera la même.

Dès les premières lueurs de l'aube, François, renonçant à son voyage dans la Pouille, quitta Spolète en toute hâte et reprit le chemin d'Assise, sans nul souci des jugements du monde et sans autre préoccupation que d'exécuter les ordres du Très-Haut. A son retour, ses compagnons de plaisir, non moins joyeux que surpris et ne soupçonnant aucun chan-

1. Légende des trois compagnons, c. n. — Cf. Celano, Vita secunda, p. I, c. a.

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