CHAPITRE II
gement dans ses idées, vinrent le prier d'être, comme par le passé, l'ordonnateur de leurs fêtes. Il les accueillit avec sa courtoisie habituelle, et les réunit dans un festin qui devait être le dernier. Il les traita avec une magnificence princière ; mais le sourire de la joie ne fit qu'effleurer ses lèvres ; son cœur était plus haut. Après le repas, ils s'en allèrent riant et devisant à travers les rues de la ville ; le roi de la fête, François, marchait derrière eux, le bâton du commandement à la main, l'âme plongée dans une profonde rêverie. Soudain les nues se déchirent, et l'Esprit de Dieu fond sur lui, comme la trombe fond sur le vaisseau qu'elle surprend. La vision céleste l'inonde d'une lumière si douce et si forte, qu'il demeure sans voix et sans mouvement. Il raconta depuis à son confesseur que, durant cette extase, on eût mis tout son corps en lambeaux qu'il n'en eût rien senti, tant son âme était ravie en Dieu ! Ses compagnons, le voyant immobile, s'approchèrent de lui avec frayeur; mais bientôt, lorsqu'il eut repris ses sens, ils continuèrent leur frivole conversation, et lui dirent en plaisantant : « Où donc avais-tu l'esprit? Est-ce que tu songeais à prendre femme? — Oui, répondit-il gravement, je veux prendre une épouse, mais la plus riche, la plus noble, la plus belle qui fut jamais (1) ! * Il avait en pensée la Pauvreté de l'Évangile, restée veuve depuis que son premier Époux était monté sur le gibet du Calvaire (2).