CHAPITRE XX
Les temps modernes ne furent pas toujours défavorables à la famille franciscaine. La découverte du Nouveau Monde ouvrit un vaste champ à son zèle, ainsi que nous le verrons plus loin. La Réforme même, les violences de Luther, l'hypocrisie de Calvin, les persécutions d'Henri VIII, ne réussirent qu'à grossir la liste des généreux confesseurs de la foi et des martyrs sortis de son sein. Au commencement du siècle de Voltaire, sept mille couvents répartis dans les deux hémisphères abritaient l'humilité de cent quinze mille Frères. En France, ce fut également l'époque de sa plus magnifique floraison. Sur la fin du règne de Louis XV, il y comptait encore 9,646 profès, répartis dans 991 maisons. C'était plus du tiers des Religieux du royaume, dont le total s'élevait à 26,674. Peut-être les Franciscains n'étaient-ils si florissants que parce qu'ils avaient mieux conservé l'esprit primitif de leur Institut. Qui les arrêta dans cette marche progressive ? Quelle fut la cause de leur décadence, et bientôt de leur ruine ? Une étude aussi consciencieuse qu'exacte d'un auteur moderne (1) nous met à même d'élucider ces questions.
Antoine de Padoue, et de l'ermitage de Rivo-Torto; aux Observants, celle de trois sanctuaires célèbres entre tous : le Saint- Sépulcre , la Portioncule et le mont Alverne: aux Capucins, l'honneur, depuis Benoît XIV, de fournir le prédicateur du Palais apostolique.
1. Charles Gérin-, Les monastères franciscains : Revue des questions historiques, 1875.
i50 SAINT FRANÇOIS D'ASSISE.
L'Ordre de saint François rencontra sur sa route deux ennemis également acharnés à sa perte, le Jansénisme et la Révolution.
Le Jansénisme ouvrit la lutte. Louis XV, prince faible et débauché, cédant aux intrigues de la secte, commença par bannirlesJésuites de ses États (6 août 1762) ; puis quatre ans après (31 juillet 1766), il institua une commission spéciale, nommée la Commission des Réguliers, qui s'arrogea le droit de visiter toutes les communautés d'hommes du royaume, non pour les réformer, mais pour les détruire. La Commission était composée de cinq évoques et de cinq conseillers d'État ; de la Roche-Aymon, archevêque de Reims, en était le président ; Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse et rapporteur du Comité, en était l'âme. Rome était soigneusement écartée de ces conciliabules où se débat tait l'existence de tout l'institut monastique. La Commission fit si bien les affaires du Jansénisme et des Parlements, qu'en moins d'un quart de siècle elle changea la plupart des monastères en de vastes solitudes. Les Augustins, les Camaldules et les Bénédictins de Saint-Maur furent plus que décimés ; l'Ordre des Célestins fut aboli. Vint ensuite le tour des Franciscains de toute robe, contre lesquels la Commission redoubla d'acharnement et de fureur et qu'elle réduisit presque de moitié (1). Qu'avait-on à leur reprocher? Rien, si ce n'est cette pureté de foi et cet attachement au
1 Charles Gérix, Ioc. cit. — En 1770, il y avait2,620 Observants et Conventuels, 2,534 Récollets, 4,397 Capucins; — en 1790, 1,544 Observants et Conventuels, 1,558 Récollets, 2,674 Capucins.