CHAPITRE XX
Siège apostolique qu'on ne pouvait leur pardonner.
Le Jansénisme avait coupé quelques branches de l'arbre monastique. L'Assemblée constituante fit mieux : d'un trait de plume, elle retendit par terre, mutilé et sans vie ! Et il y eut une heure en France où la populace et la loi, complices l'une de l'autre, ne laissèrent plus ni un toit, ni un morceau de pain, ni un instant de vie sauve à aucun prêtre, à aucun moine (1790). Pour ne nous occuper ici que des Franciscains, ils furent mis au ban de la civilisation, traqués comme des bêtes fauves : soixante-douze d'entre eux portèrent leurs tètes sur Péchafaud ; d'autres furent entassés par centaines dans les bagnes, ou périrent de faim sur les pontons ; le reste l'ut expatrié. Ainsi le drame de la destruction, commencé sur les marches du trône, se dénouait sur Péchafaud ou dans l'exil ; et la Révolution avait du moins sur le Jansénisme le mérite de la franchise.
L'attitude des victimes était noble et ferme : elle rappelait le mâle courage des premiers chrétiens en face de leurs persécuteurs.
Il s'est trouvé de nos jours des écrivains assez impudents pour entreprendre de glorifier les crimes de la Révolution, et de réhabiliter ces buveurs de sang qui se nommaient Marat, Danton, Fouquier- Tinville !... Nous leur laissons cette triste besogne ; mais en face d'un pareil attentat à l'histoire, à la religion et à la morale, la conscience indignée se retourne contre eux pour leur jeter ce défi vengeur : « Remettez-vous à l'œuvre, fils de Gain ! Car, vous n'aurez
rien fait, tant que vous n'aurez pas effacé du front des bourreaux les taches de sang qui le souillent ! »
Honneur donc aux victimes qui sont tombées pour la foi ! Elles ont fécondé de leur sang le sol de cette France qu'elles chérissaient. Leur sacrifice, longtemps infructueux en apparence, n'est pas demeuré stérile ; car, si l'arbre séraphique a reverdi, s'il pousse aujourd'hui des rejetons plus vigoureux que jamais, c'est que le sang du juste est toujours une semence de vie surnaturelle ; c'est qu'avant d'éclater au grand jour de l'histoire, la résurrection a germé dans ces tombes obscures où l'Ordre de saint François d'Assise paraissait enseveli.
Il ne nous reste plus qu'un point à établir, l'état actuel de l'Ordre dans le monde. Sous le souffle de la persécution qui disperse les congrégations religieuses, il nous serait difficile de dresser une statistique d'une rigoureuse exactitude. Nous ne donnerons donc que des chiffres approximatifs. Les Observants et les Récollets, réunis sous le même général, ont 15,000 profès, dont 2,800 missionnaires; les Capucins, 7,700 profès, dont 520 relèvent de la Propagande; le chiffre des Conventuels ne dépasse pas 1,350.
En France, les Ordres religieux, grâce à la liberté relative dont ils jouissaient depuis 1848, s'étaient accrus de manière à porter ombrage aux chefs de la