‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 333 sur 347 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

franc -maçonnerie. En moins de quarante ans, ils avaient réussi à former une armée, où le nombre et la popularité assignaient aux Franciscains une place d'honneur. Le recensement de 1879 indiquait 546 Capucins, à peu près autant d'Observants (y compris les Récollets), et 5 Conventuels. Enveloppes dans le décret de proscription du 29 mars 1880, ils ont ete brutalement expulsés de leurs demeures dans le courant du mois de novembre de la même année, on se souvient au milieu de quelle émotion.

A l'heure où nous traçons ces lignes, d'odieux scellés ferment encore la porte de leurs chapelles et, ce qui est pis, une presse sans pudeur et sans frein, ajoutant l'outrage à la violence et ne cessant d'exciter contre l'habit religieux les colères aveugles de la foule répète chaque matin : « Quels services ont jamais rendus aux peuples ces moines mendiants et fainéants qui vivent du travail des autres? Ont-ils jamais en quelque chose fait honneur à l'humanité ? » Aux attaques passionnées de la presse opposons froidement les faits. Ils auront leur éloquence, et la conscience publique prononcera du moins en connaissance de cause.

« Quels services ces moines ont-ils rendus? »I1 serait plus équitable de dire : Quels services n'ont-ils •)as rendus ? Que n'ont-ils pas accompli pour la liberté ! idividuelle, pour l'indépendance de l'Europe, pour le progrès des sciences et le relèvement moral des

peuples?

Dès le berceau de leur institut, ils prennent en main la cause des opprimés. En 1210, leur fondateur réclame l'émancipation des manants de 1 Ombne.

Plus tard, à Bologne, à Padoue, à Ancône, àTrévise, ils obtiennent l'abolition du servage. Avec Antoine de Padoue, ils apaisent les dissensions, bravent la fureur des tyrans et pénètrent jusque dans leurs citadelles pour en arracher les captifs.

En dehors des nations civilisées, il est des contrées où règne l'esclavage dans toute son horreur. Les Franciscains s'y élancent, pour poursuivre leur œuvre de délivrance et de salut. Les premiers, avec Jean Suarez et Zumarraga, ils élèvent la voix en faveur des Indiens d'Amérique ; par leurs exhortations et leurs prières ils s'efforcent de fléchir la dureté des conquérants du Nouveau Monde et, lorsqu'ils n'ont plus d'autres armes, fulminent contre les oppresseurs les censures ecclésiastiques. Le même siècle qui voit réduire les Indiens en servitude, voit se développer ce trafic hideux qui s'appelle la traite des Nègres ; et l'Ordre franciscain a la gloire de protester aussi — le premier — avec Ximénès contre ce monstrueux abus de la force. En Asie et en Afrique, avec Johannin de Parme (xme siècle), Analecte de Lassay, Théophile de Rennes, Hilarion de Rosco, Joseph de Fresnay (xvne siècle), il se consacre au rachat des captifs tombés aux mains des Musulmans.

Pendant cinq siècles, l'islamisme trouve dans les Franciscains ses plus infatigables adversaires. Lorsque l'Europe entière [tremble devant le flot de ses armées victorieuses, ils prêchent la guerre sainte. En 1310, quand les Sarrasins envahissent l'Arménie, royaume placé aux avant-postes de la chrétienté, le Franciscain Jean Hayton, ancien roi de cette contrée, sort du cloitre pour reprendre le commandement de

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