CHAPITRE XX
ses troupes, repousse l'ennemi el meurt enseveli dans son triomphe. Saint Jean Capistran, saint Laurent de Brindes, Marc d'Aviano. la croix à la main, marchent en tête des troupes chrétiennes contre le Croissant, et raniment le courage des soldats par le cri : « La victoire est à nous ! » La délivrance de Belgrade, d'Albe-Royale, de Vienne, est la récompense de leurs efforts. Ximénès conquiert Grenade et enlève Oran aux Maures d'Afrique (1509). La papauté semble-t-elle hésiter en présence de l'imminence du péril et de l'inertie des princes, un Frère-Mineur, le Capucin Pistoggia, enflamme la grande âme de Pie V, et la croix triomphe à Lépante (1750).
Et qu'on ne les accuse pas ici de descendre dans l'arène politique et de se mêler aux factions : car, est-ce épouser une faction que d'aimer son pays avec l'indomptable énergie d'une àme sainte et de lutter jusqu'à la mort contre tout ce qui lui apporte l'asservissement et la ruine? Et n'ont-ils pas bien mérité de l'Europe, ces moines qui, à l'heure des suprêmes dangers, levant l'étendard de la Croix, empêchèrent la barbarie musulmane de passer?
Ils ne nous semblent pas moins grands sur le théâtre de la charité. «J'aime mieux consoler un malheureux que de posséder tous les diamants de l'Inde, » s'écriait Ximénès. Belle parole qui résume tout le programme des Frères-Mineurs. Au moyen âge, ils créent les premières institutions de crédit mutuel. Us remplissent la France, la Belgique, l'Allemagne, l'Italie, d'orphelinats et d'hôpitaux que desservent les Tertiaires. Avec Barnabe de Pérouse, ils fondent les monts-de-piété; avec Pierre de Béthen-
4!iG SAINT FRANÇOIS D'ASSISE.
court, les lazarets pour les nègres ; avec Jean Tisseran et Athanase Mole, les maisons de refuge. Avec Jean Petit et Jacques de la Marche, ils font accorder les secours de la religion aux condamnés à mort. Ils établissent, avec Ange de Paris, les pharmacies populaires, organisent dès le xvic siècle le service des pompes à incendie, et instituent à notre époque : avec le Père Mathieu les sociétés de tempérance, avec le Père Ludovic les banques populaires (1). Et pour créer toutes ces œuvres, ils n'ont qu'à se montrer fidèles à l'esprit de l'Ordre, qui, « depuis saint François d'Assise, le grand rénovateur social du xme siècle, a toujours eu une intuition remarquablement nette des formes nouvelles que la charité et la solidarité chrétienne réclament à chaque époque (2) ».
Les fléaux et les épidémies les trouvent toujours prêts à se dévouer et à mourir. Pendant la peste de Milan, 'en 1576, les Capucins s'enferment dans le lazaret, et leur dévouement forme un des plus touchants épisodes des Fiancés de Manzoni. En Suisse vers 1631, en France en 1579 et 1638, à Marseille en 1720, leurs frères méritent ce surnom de « héros de la peste » que la reconnaissance nationale leur décernait et que ratifiaient dans leurs actes publics Louis XIV et Monseigneur de Belzunce. A Barcelone, au début du xixe siècle (1833, 1849, 1854), à Roubaix en 1866, en 1875 dans la république Argentine, ils
1. Mémoire pour la défense des Congrégations religieuses. — Poussielgue, 1880.
2. Claudio Jannet (voir le journal l'Union économique, n° du 1er décembre 1884).