CHAPITRE XX
déploient le même courage en face du choléra. L'Orient les voit, sans relâche, secourir les chrétiens et les infidèles atteints de la contagion. Suivant de sérieux calculs, six mille six cent quarante Franciscains ont ainsi péri victimes de leur inépuisable charité.
La science, elle aussi, a illuminé de ses rayons la famille franciscaine. « Ces moines mendiants, nous écrit un publiciste de talent (11, ont plus contribué au progrès de la pensée que tant d'académies richement dotées par la munificence des rois. »
Dans la théologie, ils fondent une École qui a pour chefs Alexandre de Halès, saint Bonaventure et Duns Scot: — Alexandre de Halès (2), le Docteur irréfragable, ce grand initiateur qui, au lieu de se contenter, comme ses prédécesseurs, de commenter la Bible,
1. M. Jules de Kerval. C'est à lui que nous devons les matériaux qui nous ont aidé à composer ce travail sur les gloires de l'Ordre. Qu'il reçoive ici l'expression de notre reconnaissance.
2. D'après les Monumenta Franciscana, Alexandre revêtit la bure franciscaine en 1228 et mourut en 1245. Roger Bacon {Opus minus, p. 326) retarde son entrée dans l'Ordre jusqu'en 1231 (voir la Scolaslique, par le R. P. Prosper, 2e art., Amiens, 1884).
— La bibliothèque de Saint-Louis des Français, à Rome, possède un exemplaire de son Traité des Vertus. — Un trait raconté par Gerson achèvera de nous faire connaître le mérite du Docteur irréfragable. « On demandait un jour à saint Thomas : Quelle est la meilleure méthode pour étudier la théologie ? —
— C'est de s'attacher à un seul maître, répondit l'Ange de l'École. — Mais quel maître faut-il choisir? — Alexandre de Halès. — Du reste, ajoute Gerson, les ouvrages de saint Thomas et surtout son Traité des Vertus prouvent combien il s'était pénétré de la doctrine d'Alexandre et combien lui était familier l'auteur qu'il préconisait.» (Gerson, Op. oninia, Paris, 1606, ep. I, p. 554).
exposa clairement l'harmonieux accord de la foi avec la raison, composa un cours complet de doctrine sous le titre de Somme Théologique et de Traité des Vertus, mérita les éloges d'Albert le Grand et d'Alexandre IV, et engendra à la science les deux plus grands docteurs du moyen âge, saint Bonaventure et saint Thomas, qui l'ont fait oublier ; — saint Bonaventure, le Docteur séraphique, le prince de cette théologie mystique qui aboutit au chef-d'œuvre presque divin de V Imitation; — enfin Duns Scot, le Docteur subtil, qui projeta de nouvelles clartés sur le dogme de l'Incarnation, sur la doctrine de l'Immaculée Conception, et enseigna la priorité du rôle de la volonté parmi les facultés de l'âme.
Nous pourrions citer vingt autres noms, les Richard de Midleton, les saint Bernardin de Sienne, les Thomas de Charmes, les Louis d'Argentan, et grossir cette liste des théologiens de celle des savants qui mirent au pouvoir de l'homme les forces de la nature: Roger Bacon, l'inventeur du télescope, du microscope et des lunettes ; Berthold Schwartz, l'inventeur de l'artillerie ; Chérubin d'Orléans, l'inventeur des jumelles. Mais à l'humanité rachetée par le Christ la science, la liberté, la civilisation ne suffisent pas. Pour atteindre ses destinées, il lui faut Dieu ; et ceuxlà méritent surtout une éternelle reconnaissance, qui ont plus efficacement travaillé à le lui faire connaître. Aussi y a-t-il dans l'histoire une heure glorieuse entre toutes pour l'Ordre séraphique, celle qui, à l'entrée des temps modernes, annonce une ère nouvelle, avec la révélation d'un nouveau monde. La découverte de l'Amérique est l'œuvre des franciscains.