‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 48 sur 347 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

mirer, d'un tel baiser ou d'une telle guérison (1). » La dévotion aux lépreux, une dévotion tendre, héroïque : tel est donc le cachet distinctif de la conversion de François ; il le gardera toute sa vie, et retendra à tout son Ordre. Disons-le tout de suite ici, son exemple franchira les grilles du cloitre et les limites de l'Ombrie, se répandra au loin comme un parfum de suave odeur, et ranimera la ferveur, même au milieu du siècle. Une légion d'âmes héroïques se lèvera sur ses pas, et l'on verra les Louis IX de France et les Henri III d'Angleterre, les Elisabeth de Hongrie et les Angèle de Foligno, marcher sur ses traces et comme lui se faire un honneur de soigner « les malades du bon Dieu. »

On croit communément qu'il ne passa guère plus d'un mois dans la léproserie de Gubbio, et qu'il s'achemina de nouveau vers Assise dans le courant du mois de mai 1207. La voix du tableau miraculeux retentissait nuit et jour à ses oreilles, et il se sentait pressé d'exécuter l'ordre qu'il avait reçu de restaurer l'église Saint-Damien. Qui pourrait dépeindre son émotion quand il revit les murs de cette ville natale qu'il avait naguère éblouie par l'éclat de son opulence, et où il avait appris à connaître l'inconstance et l'ingratitude du monde?... Mais faisant taire tous les souvenirs d'autrefois et foulant aux pieds tous les conseils de la sagesse humaine, il y entra comme les prophètes de l'ancienne loi rentraient dans l'ingrate Jérusalem : il s'en alla par les rues, publiant les grandeurs de Dieu et les souffrances de l'Église,

Page 1