‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 50 sur 347 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

pauvreté que tu as choisie pour ta compagne? Non. Va-t'en désormais mendier de porte en porte, à la façon des pauvres, une écuelle à la main, pour recueillir les restes qu'on te donnera ; car c'est ainsi que tu dois vivre pour l'amour de Celui qui est né pauvre, a vécu dans la pauvreté, a été attaché nu sur la croix, et a été enseveli dans un tombeau d'emprunt. » Le lendemain il va quêter sa nourriture, et s'assied dans la rue pour prendre son repas. À l'aspect de ce mélange dégoûtant, il sent la nature se révolter, et détourne ses regards par un mouvement instinctif; mais aussitôt, triomphant de cette répugnance comme il a triomphé des autres, il se met à manger avec plaisir. 11 déclara depuis qu'il n'avait jamais eu de plus délicieux festin. Le soir, il dit gaiement à don Pietro : « Ne vous mettez plus en peine de ma nourriture ; j'ai trouvé un excellent économe et un très habile cuisinier, qui sait mieux que personne assaisonner les mets (1). »

Il est encore parlé ici de Pierre Bernardone, et c'est pour la dernière fois dans le cours de cette histoire ; hélas ! nous devons ajouter que ce n'est point à sa gloire. Ne comprenant rien aux mystérieux appels de la grâce, ni aux saintes folies de la croix, il était exaspéré de voir son fils vêtu en mendiant et devenu le point de mire des traits, toujours acérés, de la malignité publique. Le rencontrait-il sur son chemin, il se détournait d'un air courroucé; quelquefois même il allait jusqu'à le maudire. Le cœur se serre à cette pensée ! Sans doute le ciel ne ratifiait

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