‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 51 sur 347 · Légende des trois compagnons, c. vu · texte numérisé non relu

Légende des trois compagnons, c. vu

point les malédictions du père; mais elles faisaient à Tàme tendre et sensible du fils une si vive blessure, que longtemps après il laissait échapper cette plainte douloureuse: « De toutes les peines que j'ai eu à endurer, celle-ci m'a été la plus amère. » Pour mettre un baume sur cette plaie saignante, il arrêta un vieux mendiant et lui dit : a Viens, je serai ton fils ; chaque fois que mon père selon la nature me maudira, toi, mon père adoptif, tu me donneras ta bénédiction. » Et le vieillard accéda avec empressement à cette demande (1).

Ange, l'unique frère du saint, semble avoir hérité à la fois de la fortune et de la dureté paternelles ; qu'on en juge par le trait suivant. Par une froide journée d'hiver, notre Bienheureux était en prière dans une église, grelottant de froid sous son vieil habit d'ermite. Ange, passant près de lui, dit en se moquant à l'un de ses amis : oc Va le prier de te vendre quelques gouttes de sa sueur! — Non, répliqua François en langue française, je ne vendrai pas ma sueur aux hommes : je la vendrai plus cher à Dieu (2). »

Au milieu de tant d'épreuves, notre saint continuait son œuvre avec courage, en prévision de l'avenir. « Venez, criait-il aux passants, aidez-nous à finir; car vous verrez fleurir ici un monastère de pauvres daines, dont la sainte vie et la réputation feront glorifier le Père céleste dans toute l'Église. » Prophétie qui se réalisa cinq ans après, lorsque Claire et ses compagnes vinrent se fixer en ce lieu (3).

1. Légende des trois compagnons, c. vn. — 2. Ibid. — 3. Ibid.

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